Quelle organisation du système productif ? Quel mode d'appropriation du sol ? Quel "stade" de développement ou quelle spécificité ?

 

Mexique Bonampak_15 Pièce 1 Danse de fertilité

Les connaissances sur l’organisation de la société maya apparaissent encore fragmentaires, notamment sur l’organisation du système productif et des rapports de production entre groupes ou classes sociales. Quels étaient les modes de culture ? Les modes d’appropriation du sol ou du résultat de la production agricole ? Comment le produit était-il partagé ? Est-ce qu’il y avait une certaine porosité entre les groupes sociaux ou les fonctions ? Autant de questions qui ne permettent pas de définir avec assez de précision les rapports de production dans la société maya.

« L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s'élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience »[1].

Dans sa recherche de la compréhension de l’histoire humaine, Marx avait défini un certain nombre de « stades de développement » de la société humaine caractérisée par des rapports de production particuliers : antique, féodal et capitaliste. L’étude des civilisations indienne, égyptienne et de la Chine impériale l’avait conduit à penser, dans un premier temps, qu’il pouvait exister une mode de production « d’origine » dans lequel la classe dirigeante ne se définissait pas par la place qu'elle occupait dans les rapports de production, mais par son rôle dans l'appareil d'État en bénéficiant du surplus du travail paysan.

 « À grands traits, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d'époques progressives de la formation sociale économique ».

Le débat sur le « Mode De Production Asiatique » (MDPA) devait rebondir dans les années 30 par une condamnation sans appel du concept par les communistes pour des raisons de politique internationale ! Mais… mais, il ne suffit pas de condamner et la réalité peut-être têtue. La discussion reprit dans les années 60, suite à la décolonisation, avec le constat qu’il existe un certain nombre de sociétés antiques (l'Egypte pharaonique, la Chine impériale, le royaume khmer…) dans lesquelles les « classes » dirigeantes jouaient un rôle particulier en organisant des grands travaux notamment d'irrigation et de drainage et en organisant la répartition des résultats de la production. Des « rois-prêtres », tout puissants, secondés d’une caste dirigeante de prêtres, de fonctionnaires et de militaires organisaient les systèmes de production de l’ensemble de la société. Grâce à l'existence d'un surplus agricole, ils étaient eux-mêmes libérés de la production, disposaient de « temps libre » leur permettant d’étudier les mouvements des astres, leur relation avec les saisons, d’établir un calendrier, d’en déduire des applications agricoles, d’organiser des grands travaux.

« L’essence même du mode de production asiatique est l’existence combinée de communautés primitives où règne la possession commune du sol et organisées, partiellement encore, sur la base de rapports de parenté, et d’un pouvoir d’Etat qui exprime l’unité réelle ou imaginaire de ces communautés, contrôle l’usage des ressources économiques essentielles et s’approprie directement une partie du travail et de la production des communautés qu’il domine »[2].

Le mode de production asiatique est donc très différent du mode de production antique caractérisé par des rapports de production fondés sur la propriété privée, l’existence d’esclaves et le rôle des citoyens dans la gouvernance de la cité. Il est également différent du mode de production féodal caractérisé, lui, par des rapports de production où le serf est subordonné au noble, propriétaire de la terre, sans l’existence d’un Etat très centralisé, organisateur de la production et la répartition des richesses. Comment situer la civilisation maya dans les grands modes de production ? Avec quelles spécificités ?


[1] Karl Marx. Préface à la « Critique de l’économie politique ». 1859.

[2] Maurice Godelier. « La notion de mode de production et les schémas marxistes d’évolution des sociétés ». Centre d'Etudes et de Recherches Marxistes. 1964.

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