Comment une civilisation meurt-elle ? De mêmes causes pour la croissance et l'effondrement ?

 

01 Tulum_01 Grand palais

« Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions à travers l’épaisseur de l’histoire, les fantômes d’immenses navires qui furent chargés de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, après tout, n’étaient pas notre affaire »[1].

Ce qui nous intéresse, aujourd’hui, ce n’est peut-être pas tant la compréhension de la disparition de la civilisation Maya, aussi brillante fut-elle, que de savoir comment une civilisation pouvait disparaître, comment notre civilisation pourrait elle-même disparaître ? C’est donc aussi notre affaire ! L’effondrement de la civilisation maya ne fut pas brutal, quoique relativement rapide, entre 800 et 1 000 après J.C. A partir de ces dates il n’y eut plus de constructions nouvelles dans les cités et il semble qu’il y ait eu un dépeuplement des cités avec une migration vers les Basses-Terres, plus au Nord, dans les sites des régions du Rı´o Bec, Chenes et Puuc dont les populations s’accrurent de façon spectaculaire au IXe siècle. Ces sites se vidèrent à leur tour de leurs habitants autour de l’an mil alors que Chichén Itzá se développa mais avec des populations provenant du Mexique central. Puis Chichén Itzá fut elle-même abandonnée, vers 1200, puis Mayapán ; ensuite le Yucatán se divisa en provinces rivales autour de centres mineurs, Tulum ou Tayasal.

Il faudrait néanmoins s’entendre sur les termes « d’effondrement » ou de « disparition » car, de fait, ce sont certaines manifestations de la civilisation qui ont disparu : la construction de grands temples, un système politique, une idéologie, un système d’écriture… mais toute les formes de la civilisation maya ne disparurent pas, elles se transformèrent certes, mais restent vivantes dans les populations indiennes d’origine maya (langue, modes d’alimentation, tissage, danses, système numérique et de représentation, calendriers agricole et divinatoire, valeurs…).

Même si ce phénomène de « disparition » dura deux ou trois siècles, nous avons du mal à admettre qu’une civilisation aussi brillante, capable de réaliser de tels édifices, puisse s’effacer. N’avait-elle donc pas, en elle-même, les moyens de lutter contre sa « disparition » ? Cet étonnement explique certainement qu’ait prévalue, au XXe siècle, toute une série d’explications basée sur des phénomènes extérieurs à la civilisation maya : sécheresse, tremblements de terre, invasions guerrières et, pourquoi pas, cerise sur le gâteau, invasion d’extra-terrestres ! Les hypothèses émises actuellement semblent plutôt rechercher des explications dans le fonctionnement interne, économique et social, des cités mayas. Ce sont les causes même de l’apogée de la civilisation qui pourraient en expliquer l’effondrement.

Certes, l’effondrement des cités de la vallée du Pasión (affluent de l’Usumacinta dans la haute vallée du fleuve) serait dû à la guerre et à la disparition de la grande voie commerciale longeant, au Nord, les Hautes-Terres, puis l’émigration des populations. Par contre, dans les cités mayas des Basses-Terres du Nord, c’est la compétition entre les cités qui développa les guerres, épuisa les ressources pour la construction de monuments somptueux et la réalisation de cérémonies dispendieuses, augmentant la population mais dans un système productif fragile, incapable de faire face aux épisodes de sécheresse, pourtant habituels et réguliers dans cette région.

Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, il est intéressant de constater que ce sont les causes mêmes qui ont participé à la croissance et à la puissance de la civilisation maya qui pourraient être aussi la cause de son effondrement et de sa ruine finale ! A méditer peut-être ?

Mexique, Guatemala, Montpellier, février / avril 2012.


[1] Paul Valéry. « La crise de l’esprit ». 1919.

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