Culte à la Dame de la montagne de Sam - Promenade à la veille du Têt - Heure du Rat.

 

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Nous consacrons la veille du Têt à la remontée vers la frontière cambodgienne et Châo-Dôc, via Binh-Thuy. La halte permet d’évoquer Marguerite Duras et la maison de « l’amant ». C’est en effet à Binh-Thuy que Jean-Jacques Arnaud choisit de tourner une des scènes du film, dans une maison chinoise construite en 1870.

« C’est une chose entendue qu’il ne tentera plus rien auprès de son père pour l’épouser. Que le père n’aura aucune pitié pour son fils. Il n’en a pour personnes. De tous les émigrés chinois qui tiennent le commerce du poste entre leurs mains, celui des terrasses bleues est le plus terrible, le plus riche, celui dont les biens s’étendent le plus loin au-delà de Sadec, jusqu’à Cholen, la capitale chinoise de l’Indochine française »[1].

L’activité principale de Châo-Dôc repose sur la pisciculture et la ville est célèbre pour la variété de ses sauces de poisson, le fameux Nước mắm ! L’autre particularité de la ville est d’être située au pied d’une colline de 230 mètres de hauteur, laquelle ne passe pas tout à fait inaperçue dans la vaste plaine alluviale parfaitement plane du Mékong. Il n’est donc pas très étonnant que le lieu ait inspiré contes, légendes et croyances populaires.

Un culte particulier est voué à « la Dame de la montagne de Sam » (en vietnamien : Bà Chúa Xứ Núi Sam). Celle-ci possède sa pagode, au pied de la colline. Selon la légende, les villageois trouvèrent une statue en pierre représentant la déesse Chúa Xứ au sommet du mont Sam. Un jour, des brigands décidèrent de s’en emparer, mais le poids de la statue devint tel qu’ils durent l’abandonner. Retrouvée par les villageois, ils décidèrent de la porter au village. La déesse Chúa Xứ apparut et déclara que seules quarante vierges pourraient soulever la statue. Quarante vierges furent donc choisies qui soulevèrent la statue sans effort, jusqu’au moment où, à nouveau, le poids devint tel qu’elles durent s’arrêter et la poser. Les villageois en conclurent que c’était le lieu où la déesse souhaitait reposer et ils construisirent là un temple.

Le temple Bà Chúa Xứ est toujours très fréquenté et les groupes de danseurs qui représentent traditionnellement les danses du dragon et de la licorne pour la fête du Têt, ne manquent pas de venir y faire des représentations en hommage à la déesse la veille de la fête.

A deux pas, la pagode Tay An présente les formes et les couleurs les plus curieuses, mélangeant influences hindouistes et bouddhistes, avec lions, dragons, éléphants, gardiens redoutables et bouddhas ! Le tout dans un syncrétisme étonnant aux yeux d’un rationaliste. Mais c’est peut-être avec une pointe de nostalgie, car il doit aussi être assez reposant, dans la vie courante, de s’appuyer sur l’existence d’une multitude de dieux et de génies, même si c’est au prix de nombreuses visites au temple et d’offrandes répétées.

Ce soir, toute la communauté de Châo-Dôc est à la fête. La foule, aux vêtements lavés et repassés, déambule dans les rues en rangs serrés pour se rendre au feu d’artifice. Nul énervement, nul débordement, simplement une foule rieuse, heureuse de se promener en groupes familiaux ou en groupes d’amis, accueillante aux étrangers, toute prête à converser s’il n’y avait la barrière de la langue.

Le Têt débute réellement à minuit, lorsque le dernier jour lunaire laisse la place au premier jour du premier mois de l’année. C’est une nouvelle année qui commence avec le feu d’artifice.

Entre onze heures du soir et une heure du matin, c’est « l’heure du rat », le moment où les esprits reviennent sur terre pour participer à la fête et que l’on fêtait autrefois en allumant des pétards, remplacés aujourd’hui par des feux d’artifice tirés par les municipalités par suite des trop nombreux accidents survenus : les pétards étant le plus souvent de fabrication maison et les dosages de produits aléatoires ! Des offrandes ont été déposées sur l’autel des génies : bâtonnets à base de miel, gâteaux de lune, fruits… Une fois le festin des esprits virtuellement terminé, les plats sont supposés être moins savoureux après leur passage, et les vivants pourront alors bénéficier des « restes » du banquet des esprits !