Les Pesos des Cubains et ceux des touristes - Et conséquences sociales

 

Cuba Peso convertible

Le premier contact avec la situation cubaine passe nécessairement par la découverte du Peso convertible, une monnaie spéciale pour touristes mais qui n’est pas pour autant (surtout pour les Cubains !) une monnaie de Monopoly.

Il y a donc deux monnaies en circulation à Cuba. L’une pour les Cubains : le peso national ou CUP. C’est une monnaie que le touriste pourrait utiliser pour faire quelques menus achats : un ticket de bus, un fruit au marché… mais dont il n’a généralement pas besoin. L’autre pour les étrangers mais aussi les Cubains qui ont « la chance » d’avoir des parents à l’étranger ou qui sont au contact de touristes : le peso convertible ou CUC.

Ce système est le résultat de la circulation massive du dollar à Cuba, puis de la dé-dollarisation de l’économie à compter du 8 novembre 2004, pour éviter toute pression américaine. Les échanges internationaux, basés sur le dollar mais aussi de plus en plus l’euro, sont convertis en CUC sur une base initiale de 1 CUC = 1 U$D. Compte tenu de la baisse du dollar, le CUC se réévalue progressivement.

Les échanges locaux s’effectuent en pesos nationaux mais ils ne couvrent que les besoins de base de la population cubaine : alimentation de première nécessité (riz, haricots noirs, viande de poulet, huile, pain, oeufs, fruits et légumes de saison), produits d’hygiène (savon, dentifrice), services publics (eau, électricité, téléphone, transports), logements et biens culturels (cinéma, théâtre, concerts, livres...). Tous ces produits et services sont subventionnés. Les services de santé et l’enseignement sont gratuits et accessibles à tous.

Les achats d’alimentation des produits de base s’effectuent avec un carnet, la Libreta, qui permet d’acheter dans les magasins d’Etat des quantités déterminées à un tarif subventionné. On considère généralement que le carnet d’alimentation permet chaque mois à un foyer de vivre pendant une dizaine de jours. Pour le reste, les Cubains s’adressent au marché libre et légal où fonctionne la loi de l’offre et de la demande.

Dans un premier temps, les échanges en dollars, puis en pesos convertibles, étaient limités aux produits réservés aux diplomates. Il s’est ouvert progressivement à tous les consommateurs étrangers et touristes, puis à tous les Cubains après la légalisation du dollar en 1993. De fait, aujourd’hui, exception faite des produits subventionnés et contingentés de la Libreta mais aussi des services publics, tous les autres biens et équipements offerts sur le marché cubain sont libellés en devises : électroménager, produits d’hygiène de qualité, taxis, cafés et restaurants.

Ce système de la double monnaie permet à l’Etat de récupérer les devises des touristes mais surtout des exilés cubains, les remesas, et de financer le marché en Pesos nationaux de la Libreta. Les remesas et les recettes du tourisme constituent désormais la source essentielle de devises pour Cuba. Toutefois une inégalité fondamentale sépare les 11 millions de Cubains en deux parties distinctes. D’une part, ceux qui ont accès aux CUC, soit par des envois de dollars américains soit par des contacts avec les touristes (guides, chauffeurs, garçons de café…) leur permettant d’acquérir toute une série de produits et de bénéficier d’un meilleur niveau de vie. D’autre part, ceux qui travaillent pour l’État ou qui dépendent de la sécurité sociale, disposant du seul peso national et qui joignent difficilement les deux bouts.

Cette situation est particulièrement intenable dans les secteurs où les salariés de l’Etat doivent avoir un haut niveau de diplômes (docteurs, enseignants…) alors qu’ils n’ont qu’un salaire très modeste et constatent que les femmes de ménage, serveurs ou petits trafiquants ont des revenus beaucoup plus élevés que les leurs.

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