Fidel Castro fait savoir qu’il n’est pas candidat à sa succession - Une Révolution fatiguée ?

 

Cuba Fidel Castro

Coup de tonnerre dans un ciel serein : d’après les informations télévisées de ce matin, Fidel Castro, le « Lider maximo », aurait annoncé qu'il renonçait à la Présidence du Conseil d’Etat, l’équivalent de notre Présidence de la République. Dans l’édition du journal « Granma » serait reproduite une lettre du Commandant Général annonçant que, vu son état de santé, il refuserait de prendre cette responsabilité.

« A mes chers compatriotes, qui m'ont fait l'immense honneur ces derniers jours de m'élire au parlement, je vous informe que je n'aspirerai ni n'accepterai, je répète, que je n'aspirerai ni n'accepterai la charge de président du Conseil d'Etat et de commandant en chef". Ce serait trahir ma conscience que d'occuper une responsabilité qui requiert une mobilité que ma condition physique ne me permet pas. Je veux expliquer cela sans dramatiser" ».

Pourtant, rien n’indique dans le comportement du personnel chargé du buffet du petit déjeuner une émotion particulière. Nous scrutons leurs réactions, leurs discussions… Rien. Ah, si, un indice peut-être. Ce matin, contrairement aux autres jours, il n’y a pas de confiture disponible. Est-ce le retrait de Fidel qui expliquerait l’absence de confiture ? Par suite de l’émoi des serveurs qui en auraient oublié de la servir ? Ou, serions-nous à partir d’aujourd’hui, du fait de l’absence du chef, soumis au régime cubain avec aléas des fournitures ? Fait-on des stocks de confiture pour les mauvais jours à venir ?

Dans l’hôtel, dans les rues, nous recherchons des indices, des attroupements, des troubles, une excitation, un désarroi, une agitation. Rien. Nulle fièvre visible. Chacun semble vaquer naturellement à ses occupations, se rend à son travail, déambule, fait ses courses, avec autant de nonchalance que les jours précédents. L’histoire ne semble pas ni s’être arrêtée, ni s’être accélérée. Profitant du fait qu’il nous avait été demandé par un Montpelliérain de saluer une amie cubaine, nous pénétrons dans une entreprise de tourisme  pour la rencontrer. Il est 9 heures, les employés arrivent tranquillement, s’attablent pour un premier café avant d’aller chacun à son poste de travail. Mais là encore, personne ne semble parler de l’annonce faite au peuple par l’archange Fidel. Ils donnent plutôt l’impression de discuter du dernier épisode de la veille au soir d’un soap-opera à la cubaine.

Bref, tout cela donne plutôt l’impression que les gens sont fatigués de la Révolution permanente, des Grandes Zaffra, de la lutte anti-impérialiste, de la solidarité internationale, des privations terribles de la période spéciale, du culte hypertrophié du Che, des slogans imbéciles et morbides « Le socialisme ou la mort » et qu’ils aspirent tout simplement à vivre sans avoir à se battre chaque jour pour l’essentiel, qu’ils aimeraient avoir le socialisme ET la vie. Du pain et des roses !

« A force de vivre dans une dimension exceptionnelle, historique, transcendante, les gens se fatiguent et aspirent à la normalité »[1].

Mais peut-être ai-je trop lu les romans de Leonardo Padura où se croisent trop de personnages désabusés ? C’est qu’après les premiers succès de la Révolution, la lutte contre l’analphabétisme, l’accès de tous à l’éducation, les succès du système de santé, la quasi gratuité des services publics, il a fallu faire face aux actes de sabotage, au blocus américain, à la faillite des systèmes socialistes, à la découverte des erreurs et des crimes, à la crise économique des années 90. On ne doit pas sortir tout à fait indemne de 50 années d’héroïsme et d’échecs : désillusion, amertume ou cynisme, perte des repères moraux, recherche de solutions individuelles surtout quand la vie est chaque jour un combat.

A quoi peut-on croire après tant de combats, de privations, de difficultés et d’erreurs ? Après avoir cru avec ardeur et enthousiasme qu’il était possible de construire un monde meilleur et que l’on constate que l’on a toujours autant de difficultés à assurer le quotidien ? Il y a de quoi être désespéré, ou pour le moins désabusé.


[1] Léonardo Padura. « Les brumes du passé ». 2005.

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