Une grande foire nationale et populaire - Un regain de l'édition cubaine

 

Cuba Sancta Clara Parque Leoncio Vidal

La XVIIe foire du livre se déroule pendant notre séjour. C’est un rendez-vous important pour l'édition cubaine et elle attire quelques milliers de visiteurs dans la forteresse de la Cabaña à La Havane avec rencontres d’auteurs, dédicaces, débats et tables rondes. En 2007, le pays invité d’honneur était l’Argentine représenté notamment par les œuvres de Jorge Luis Borges et de Julio Cortazar ; en 2008, c’est la Galice. Près de 300 maisons d’édition d’Amérique latine, de la Caraïbe, d’Europe et d’Asie sont représentées et les auteurs invités sont les lauréats du Prix National cubain de Littérature, Graziella Pogolloti et Anton Arrufat.

Graziella Pogolotti est « Héroïne du Travail de la République de Cuba », décorée de l'Ordre Félix Varela. Elle est née en France d’une mère russe et de grands-parents italiens et anglais ! Anton Arrufat est écrivain et dramaturge, prix national de littérature 2000. Il fut l’ami de Virgilio Piñera, lui aussi écrivain et dramaturge, non-conformiste et homosexuel, ayant eu à subir des persécutions dans les années 70, notamment avec le refus d’éditer ou de représenter ses œuvres. En inaugurant la Foire, Arrufat a demandé à Raul Castro d’« ouvrir des voies nouvelles dans les jours cruciaux que vit l'île » et que « soit redressé ce qui a été tordu », allusion non voilée à la répression des années 70 contre des artistes et intellectuels. Leonardo Padura fait référence à cette période et au personnage de Virgilio Piñera dans un des romans de sa série Les quatre saisons : « Electre à La Havane ».

A l’issue de son séjour à La Havane, la foire du livre se décentralise successivement dans une quarantaine de villes avant de se terminer à Santiago début mars. Des mini-foires sont également organisées dans une centaine de localités. A Santa Clara, la foire du livre est installée sur la place Leoncio Vidal et comprend plusieurs tentes sous lesquelles sont vendues les ouvrages : auteurs cubains, sud américains, espagnols, étrangers… Par exemple le roman de José Saramago « L’année de la mort de Ricardo Reis », mais aussi des auteurs français comme Jules Verne, Balzac et Maupassant. En 2007, cinq anthologies d’auteurs argentins ont été éditées à 250 000 exemplaires, toujours à l’occasion de la Foire du livre. Vu la pauvreté des présentoirs dans les librairies, où et comment les Cubains se procurent-ils leurs livres en dehors de la foire ?

Le regain de l’édition cubaine ne serait pas seulement quantitatif, mais aussi qualitatif. La période de censure et de répression du « quinquennat gris » (1971-1976) est régulièrement critiquée et reconnue comme ayant été une erreur grave, dramatique, pour la culture cubaine. Les sujets autrefois tabous, l’exil, la marginalité, la délinquance, la corruption, l’homosexualité, ont aujourd’hui droit de cité. Il n’est qu’à reprendre les thèmes des ouvrages de Leonardo Padura : la perte des illusions (« Les brumes du passé »), l’homosexualité et la censure (« Electre à La Havane »), la concussion et les magouilles (« L’automne à Cuba »), l’arrivisme et la drogue (« Vents de Carême »)…

La devise de la Foire internationale du livre est due à José Marti : « Savoir lire, c’est savoir marcher ; savoir écrire, c’est savoir s’élever ». L’édition d’ouvrages pour enfants est importante et ceux-ci sont largement conviés à participer à la foire avec leur classe. A Santa Clara, ils se pressent autour des stands, avec leurs parents ou leurs instituteurs, ils se promènent dans le parc avec leurs nouvelles acquisitions, ou ils lisent en groupe des ouvrages qui leur ont été donnés ou vendus, les prix de vente, en pesos cubains, étant particulièrement bas et accessibles. Les romans noirs et policiers sont un genre assez développé à Cuba ainsi que les différentes formes de littérature dites « populaires ». Le ministère de l’Intérieur a même créé, en 1971, un prix littéraire pour les nouvelles et romans policiers et l’Union des Ecrivains Cubains publie une revue « Enigma ». Le genre serait toutefois différent du modèle courant, mettant en avant la police, le travail d’équipe, l’analyse scientifique… El Conde, le personnage central des romans de Leonardo Padura, apparaît donc en décalage de ces personnages « positifs » : ancien inspecteur, il a démissionné de la police par solidarité avec son ex-patron mit à la retraite d’office car gênant pour certains responsables nationaux. Il vit plus ou moins d’expédients, travaille généralement seul, sur la base de son intuition et de sa connaissance de la société cubaine dont il dénonce régulièrement les travers.

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