La Marina Hemingway - Un lieu en perdition à défaut de perdition

 

La Havane Port Hemingway

A partir du Malecon, en suivant l'avenue 5ta dans le quartier de Miramar, on atteint la « Marina Hemingway ». Pas de risque de vous tromper si vous apercevez sur votre droite, un bâtiment étrange, qui ne ressemble à rien de connu, mais qu’à coup sûr vous trouverez particulièrement laid, une tour massive surmontée d’une excroissance, mi tour de contrôle, mi totem : c’est l’ex-ambassade d’URSS…

Encore quelques kilomètres, un pont sur un río servant de petit port de pêche, et vous pourrez visiter la seule marina de l’île. Unique intérêt de la visite : si vous avez un petit coup de blues ce sera le « paysement » total autant que l’on puisse s’exprimer ainsi : vous vous sentirez pleinement chez vous, à Marbella, Viareggio ou au Grau du Roy, tant l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement sont d’un style international des plus communs et des plus banals.

Bien évidemment, la Marina n’a jamais été fréquentée par Hemingway. Elle a été construite après sa mort pour accueillir des yachts et de riches touristes étrangers. Son port dispose de 4 canaux marins d’une capacité d’amarrage pour 400 bateaux, y compris des bateaux de grande taille, dont 170 places avec possibilité de vie à bord (ravitaillement en eau, électricité, téléphone et télévision satellite). Aujourd’hui seul le canal 2 est occupé par quelques rares bateaux.

Le long du canal 3 se trouve la résidence hôtelière de la marina, dénommée je vous le donne en mille « Le vieil homme et la mer », et quelques boutiques pour touristes apparemment peu fréquentées : articles de sport, parfumerie, vêtements.

Les touristes qui sont logés dans les hôtels, maisons ou bungalows, ou qui amarrent leurs yachts dans l'un des canaux de la marina, bénéficient d'une carte de « Cliente Amigo » accompagnée d’un chéquier contenant des bons de réductions pour les différents services proposés dans la réserve : centre commercial, bar, solarium avec plage en gazon synthétique, restauration, jeux, équipements nautiques, cabaret « où le client profite d'un spectacle musical avec orchestre et show humoristique », et club nocturne « Chan Chan » bien sûr !

« Et plus que de mauvais goût, il trouvait insultante la création d’une glamoureuse « Marina Hemingway » destinée à la jet set internationale et sûrement pas aux pouilleux cubains, pour qu’elle jouisse des yachts, des plages, des cocktails, des langoustes, des putes prêtes à tout et du soleil, de ce soleil qui donne une si jolie couleur à la peau »[1].

C'est, paraît-il, le lieu de rencontre de la jeunesse dorée cubaine, les samedis et dimanches. Le reste du temps, c’est plutôt lugubre, dans un décor convenu et une activité des plus réduites !

Mais, me direz-vous, qu’alliez-vous faire dans cette galère ?

Aucun d’entre nous n’étant propriétaire d’un yacht, ni invité par Bolloré, ni même particulièrement amateur de vacances bling-bling, c’est que notre avion ayant 24 heures de retard pour cause de rencontre avec un vol d’étourneaux, la compagnie aérienne avait trouvé ici de quoi héberger facilement les 400 passagers de son 747 jusqu’au lendemain. Ce fut donc l’occasion d’une expérience cubaine complémentaire !


[1] Leonardo Padura. « Adios Hemingway ». 2001.

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