Les démêlées entre Empereurs et Papes - Frédéric II de Hohenstaufen « Stupor Mundi » - Les batailles de Wimpfen

 

Allemagne Frédéric II de Hohenstaufen

L’empire germanique médiéval n’avait pas de capitale et les empereurs devaient se déplacer de Palatinat en Palatinat afin d’affirmer leur présence, assurer leur puissance et rendre justice. Wimpfen était l’un des palatinats impériaux et reçut plusieurs fois la cour impériale. Elle fut même le lieu d’une fameuse querelle père / fils, entre Frédéric II, Empereur romain, et son fils, Henri VII, Roi des Romains et Roi de Sicile ! Mais l’intérêt n’est pas dans les querelles père / fils, après tout forts courantes dans les différentes dynasties, mais bien dans ce qu’elle révèle de l’histoire allemande.

L’Allemagne médiévale est issue du découpage de l’Empire de Charlemagne par ses trois petits-fils. Le traité de Verdun de 843 attribue la partie orientale à Louis le Germanique, la partie occidentale (future France) à Charles le Chauve, et la partie médiane, à Lothaire avec le titre d’Empereur. L’objectif de la royauté germanique sera de reconstituer l’Empire et le titre d’Empereur romain. Ainsi Louis III (830 / 882) récupère la Lotharingie en 880, Otton Ier (912 / 973) se fait couronner Roi d’Italie (961), puis « Empereur et Auguste » par le pape (962).

Cette volonté « impérialiste » se heurta au désir d’affranchissement de l’église et à la volonté de prééminence du pape sur l’Empereur. Déjà, en 1077, suite à la querelle des investitures des évêques, Henri IV dû faire pénitence et amende honorable devant le pape, à Canossa, suite à son excommunication par le souverain pontife. Mais la crise culmina avec Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Frédéric Barberousse (1122 / 1190), et le pape Alexandre III, crise qui, outre des guerres particulièrement sanglantes en Italie, prit des allures grotesques avec la controverse sur le protocole de soumission selon lequel l’empereur devait conduire le cheval du pape par la bride et lui tenir le pied à l’étrier.

Mais revenons à Frédéric II (1194 / 1250) ! Il était le petit-fils de Frédéric Ier Barberousse par son père, et de Clément de Hauteville, premier roi normand de Sicile, par sa mère. Il fut élu roi de Germanie (1211), et Empereur romain (1220) mais préférait séjourner dans son royaume de Sicile. Les premières démêlées entre le père et le fils eurent lieu à Wimpfen. Elles se terminèrent par la soumission d’Henri VII, qui fut emmené prisonnier en Sicile où il mourut. Frédéric II était surnommé « Stupor Mundi » (la « Stupeur du monde » !). Il parlait plusieurs langues : le latin, le sicilien, l’allemand et peut-être le provençal, l'arabe et le grec. Il s’intéressait aux arts, à la poésie, aux sciences, à la médecine et aux mathématiques. Il fut aussi en lutte continue contre la papauté, fut excommunié deux fois, et considéré par Grégoire IX comme « l’antéchrist » ! La mort de Frédéric II, provoqua finalement la dissolution du premier Empire des Allemands (« Reich des Deutschen »)[1].

De ce passé, il reste quelques éléments, muraille d’enceinte, portes fortifiées, arcatures à colonnettes, et un petit monument rappelant que c’est en ce lieu que Frédéric II a destitué son fils devant ses vassaux. Mais la petite ville offre aussi un joli parcours dans ses ruelles anciennes avec ses nombreuses maisons à colombages.

Wimpfen fut aussi le lieu d’une bataille importante lors de la Guerre de trente ans, une guerre engagée pour des motifs religieux, celui de l’influence respective des catholiques d’une part et des protestants de l’autre, mais au cours de laquelle toutes les alliances et tous les retournements d’alliance étaient néanmoins possibles en fonction des intérêts territoriaux ou financiers des souverains, féodaux et chefs de guerre. Le territoire de l’Allemagne fut dévasté, les villes ruinées, par les différentes armées qui s’y pourchassèrent en tous sens, catholiques, protestants, Bohémiens, Suédois, Danois, Français, Espagnols… vivant tous de rapines, de vols et de massacres, le tout accompagné du développement de la peste.

La bataille de Wimpfen eut lieu le 6 mai 1622 pendant la première période de la guerre de Trente Ans. Elle se termina par une sévère défaite des protestants avec la dispersion de leur armée de 70 000 hommes et des pertes estimées à 2 000 soldats de chaque côté… Quant aux pertes civiles, elles sont inconnues. « Dommages collatéraux », comme l’on dit aujourd’hui.


[1] Jean-Yves Frétigné. « Histoire de la Sicile ». 2009.

Liste des articles sur Allemagne du Sud / Vers Bayreuth