Brève histoire de Schwäbig Hall - Le musée d'art moderne du groupe Würth - Exposition Tomi Ungerer

 

Allemagne Sud Schwäbig-Hall

Dans les charcutages napoléoniens de l’Allemagne, la création d’Etats moyens s’est naturellement faite au dépend des plus petits Etats, notamment des villes libres et des domaines ecclésiastiques. La ville de Hall a alors perdu son indépendance en étant intégrée dans le nouveau royaume de Wurtemberg, mais elle a aussi perdu les bénéfices de l’exploitation de sa saline qui avaient jusqu’à présent assuré sa richesse.

Une promenade dans la ville permet d’admirer de magnifiques bâtiments du Moyen-âge, fontaine du marché, église Saint-Michel et arsenal, de la Renaissance avec de nombreuses maisons à colombage, ou de l’époque baroque comme l’hôtel de ville, tous témoins de cette aisance passée.

Suite à la perte des bénéfices de la saline, la ville subit une grave crise économique au XIXe siècle avec une émigration importante vers d’autres régions, voire d’autres pays. A contrario, l’absence d’entreprises industrielles lui évita de subir les bombardements alliés pendant la IIe guerre mondiale.

Cette petite ville de moins de 40 000 habitants possède un remarquable musée d’art moderne, la « Kunsthalle », création du milliardaire Reinhold Würth comme les treize autres musées qu’il a dispersés dans dix pays d’Europe. Le groupe Würth est aujourd’hui le leader mondial dans l'assemblage et le matériel de fixation. Il comprend environ 400 entreprises dans 84 pays et compte plus de 59.000 employés. Pour les bricoleurs du dimanche, la fameuse cheville métallique « molly » pour parois creuses, qu’ils utilisent nécessairement pour suspendre un meuble ou une tablette de lavabo, est une création de ce groupe.

Depuis les années soixante, le PDG du groupe (classé parmi les 100 plus grosses fortunes mondiales) a constitué l’une des plus importantes collections  d’art moderne et contemporain. Basée en Allemagne, elle compte près de 12 000 œuvres représentant les grands mouvements artistiques du XXe et du début du XXIe siècle, notamment Edvard Munch, Max Ernst, René Magritte et André Masson, Victor Vasarely et beaucoup d’autres… La particularité de ces différents musées est qu’ils ne possèdent pas de fonds permanents, mais qu’ils proposent deux à trois expositions temporaires par an alimentées par la collection générale. La Kunsthalle de Hall a acquis une renommée internationale en moins de 10 ans, avec plus de 1 million de visiteurs.

La Kunsthalle a été construite sur l'ancien site d’une brasserie après un concours international remporté par l’architecte danois Henning Larsen. Le résultat obtenu est intéressant car les contraintes à la réalisation de l’ouvrage étaient importantes : terrain en coteau, située dans la ville historique, au milieu d’anciennes maisons à colombages notamment en façade du bâtiment et avec, à l’arrière, un bâtiment industriel 1900, un pseudo donjon en briques avec échauguettes et créneaux ! L’architecte a choisi de monter une structure massive, quadrangulaire, au sein des espaces d’habitation, scindée en deux sous ensembles au dernier étage, permettant la création entre ces deux pavillons d’une esplanade avec une vision panoramique sur la ville. L’unité de l’ensemble, côté ville, est assurée par une façade globale, en acier et verre. Les autres façades sont recouvertes de lits de plaques de calcaire rappelant les fronts de taille d’une carrière. Dans le bâtiment, les circulations s’effectuent derrière la façade vitrée, permettant d’autres vues sur la ville et sur le quartier. Les deux niveaux d’exposition sont au contraire dirigés vers l’intérieur, avec de nombreuses petites pièces et de vastes salles permettant des accrochages d’œuvres très différentes.

L’exposition de l’été 2010 était consacrée à l’artiste français Tomi Ungerer et présentait la rétrospective la plus complète de son travail à ce jour avec environ 600 œuvres couvrant plus de cinq décennies. Elle comportait à la fois des caricatures satiriques, moqueuses, sur la vie moderne, mais aussi des œuvres très acerbes, virulentes sur « l’american way of life », impitoyables sur la guerre du Viêt-Nam, sarcastiques concernant le bicentenaire de la Révolution française et l’utilisation de sa devise « Liberté – Egalité – Fraternité », ironique (« Intérieur allemand » représente deux saucisses allongées sur divan et fauteuil devant une table basse où s’enroule une saucisse), tendres pour des histoires et livres d’enfants, mais aussi érotiques voire pornographiques ! Tomi Ungerer, malheureusement plus connu aux Etats-Unis ou en Allemagne qu’en France, jette un regard aigu et décapant sur notre monde contemporain. Il a heureusement fait des donations importantes à la ville de Strasbourg qui l’a honoré, en retour, en lui consacrant un musée.

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