Un château ayant inspiré Parsifal - Une basilique de Balthasar Neumann - Renouveau de la cuisine allemande

 

Allemagne Sud Gössweinstein

La région située entre les villes de Bamberg, Bayreuth et Nuremberg a été surnommée par les poètes romantiques la « Suisse franconienne » pour ses paysages de collines, chaos de roches, vallées encaissées, sombres forêts… La région est célèbre pour ses nombreux sentiers de randonnée (240 kilomètres) parfaitement balisés, comme il se doit.

La petite ville de Gößweinstein est réputée pour son château gothique et sa basilique baroque. Le château, au sommet d’un éperon rocheux, est l'un des plus anciens de la région datant de l’an mille, mais il a été restauré – pour ne pas dire défiguré - à la fin du XIXe. La légende, répandue, veut que sa silhouette ai inspiré Wagner pour celle du château du Graal dans « Parsifal ». S’il est exact que la famille Wagner se soit promenée dans la région en mai 1879, la transformation néo-gothique du château daterait de 1890. En conséquence, on pourrait aussi bien dire que le décor de « Parsifal » a inspiré la « restauration » du château !

La basilique a été édifiée au XVIIIe siècle en remplacement d‘une chapelle, lieu d’un pèlerinage à la Sainte Vierge datant peut-être du Moyen-âge, et devenue trop petite par suite de l’affluence. L'évêque de Bamberg a alors commandé au très grand architecte allemand Balthasar Neumann d'ériger, en 1730, un bâtiment plus approprié. Un incendie a endommagé une grande partie de la toiture en 1746 et l'église telle qu'elle est connue aujourd'hui n’a été achevée qu'en 1768… voire 1928 pour les fresques du plafond qui n’étaient pas terminées.

L'extérieur est relativement sobre avec une façade presque classique. Composées de trois parties verticales, deux tours encadrant le portail, et trois niveaux horizontaux délimités par une corniche à ressaut en milieu de façade laquelle est surmontés deux tours à pans coupés surmontées de clochetons. Seules ornementations outre la corniche, des pilastres, des pots à feux, deux niches abritant une statue de part et d’autre du portail lui-même surmontées d’armoiries. D’un point de vue architectural, l’intérieur est également relativement sobre, essentiellement décoré de pilastres… mais l’ensemble est enrichi de statues de stucs, d’une chaire et d’autels où se marient le bois, le stuc et l’or. Le tout dominé par le fastueux autel abritant la sculpture en bois du couronnement de Notre-Dame de la Sainte-Trinité datée de 1510, objet de pèlerinage et de vénération.

Balthazar Neumann (1687 - 1753) a notamment développé son art dans la chapelle du château de Würzburg et l’église de pèlerinage dédiée aux quatorze saints intercesseurs, les «Vierzehnheiligen», située en face de Banz. Dans nombre de ses constructions, il développe un plan composé d’espaces elliptiques qui s’interpénètrent, rendant dynamiques et mouvants les volumes intérieurs dans une tradition qui est celle des architectes baroques italiens Borromini et Guarini.

Outre la beauté de ses sites, la diversité de ses promenades et la richesse de ses monuments la région serait aussi celle possédant la plus grande densité de brasseries privées au monde ! Ce qui ne gâte rien. Mais il ne faudrait pas réduire la gastronomie allemande à la bière et la choucroute, d’une part parce que la choucroute est alsacienne et inconnue sur la rive droite du Rhin, mais aussi par ce que la gastronomie se modifie profondément. De mes séjours des années 60, j’avais conservé le souvenir d’une alimentation basée sur les viandes en sauce, la « goulasch » à l’allemande, les pommes de terre, et les tartines de pumpernickel[1] avec charcuterie et fromage accompagnées de thé ou d’un café au lait très clair. Les choses ont bien changées avec l’apparition de petits légumes cuits à la vapeur, de salades composées et cela donne lieu parfois à une créativité déroutante. Par exemple : du veau tartiné de fromage fondu, accompagné d’ananas, d’orange, de kiwi, de raisins, et de gelée de groseille ! Le petit déjeuner s’accompagne désormais de pêches, d’abricots, de céréales, de yaourts.

Enfin, l’évolution la plus extraordinaire concerne le café. Fini la lavasse transparente servie dans une grande tasse avec du lait, il est aujourd’hui partout possible de boire de véritables expresso à l’italienne, même s’il est vrai que l’on est en Allemagne du Sud, laquelle a toujours eu une alimentation plus diversifiée, avec plus de légumes, et que l’influence de l’Italie est plus proche.


[1] Pain de farine de seigle et de grains de seigle, de couleur très sombre.

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