12 années d'attente ! - De plus en plus de demandes pour un même nombre de places

 

Allemagne Sud Bayreuth Festspiel Haus

Cette fois-ci, il nous aura fallu attendre douze années avant d’obtenir à nouveau des entrées au festival Wagner de Bayreuth. Douze années au cours desquelles nous aurons à chaque fois fidèlement demandé des billets sans les obtenir. La première fois que nous avions « postulé », il nous avait fallu attendre cinq années pour obtenir des billets, en 1983. La seconde fois cinq années encore ; la troisième dix années et, cette fois-ci, douze !

Je n’ose demander une nouvelle fois des places ayant peur d’être en chaise roulante quand je les obtiendrai… si je suis encore vivant ! Mais peut-être cela peut-il se transmettre par héritage ? Avec ou sans frais de notaire ?

Environ 60 000 tickets sont disponibles pour les différentes représentations qui s’échelonnent de fin juillet à fin août, pour 550 000 demandes, sachant que les membres d’associations wagnériennes peuvent disposer plus facilement de billets. Les prix des 1974 places du théâtre sont néanmoins « modérés », qui s’échelonnent de 280 € à 15 € (sans visibilité), au regard des prix des billets des festivals d’Aix en Provence ou de Salzburg. Pour 95 à 130 €, il est possible, à Bayreuth, d’avoir de bonnes places, sur le côté certes, mais l’amphithéâtre possède un angle très fermé.

Ce long espace de temps entre deux possibilités de participer aux spectacles du festival n’est toutefois pas sans intérêt. D’une part, je ne suis pas un « wagnérien » accroc, ni suffisamment passionné ni assez convaincu pour me rendre chaque année en pèlerinage sur la « colline sacrée »[1].

 « Du haut de la colline, Moïse va parler à son peuple. On dit « la colline de Bayreuth » comme on dit « la colline de Sion » ou « la colline d’Apollon »[2].

D’autre part, cet espace de temps permet de sentir peut-être plus facilement les tendances lourdes, longues, qui traversent le festival, notamment concernant ses mises en scène, aspect auquel je suis plus sensible finalement qu’aux interprétations de la musique du « maître ».

C’est assez peu dire qu’entre les mises en scènes vues en 1983 et celles de cette année 2010, les évolutions apparaissent assez décoiffantes, même s’il ne s’agit pas tout à fait des mêmes œuvres (« Le Ring » en 1983 et 88, « Les Maîtres chanteurs » et « Parsifal » en 98, « Parsifal » et « Lohengrin » en 2010) et que le petit nombre d’œuvres vues n’est certainement pas totalement révélateur. Quand même quels changements, pour ne pas dire, quelle révolution !

L’histoire du festival commence en 1876, à sa création, par Richard Wagner. L’objectif de Wagner était que ses principaux opéras puissent y être joués tous les ans, selon ses intentions et dans un cadre adapté. Du fait de graves difficultés financières, le festival ne put avoir lieu une seconde fois qu’en 1882 pour seize représentations de « Parsifal » puis, après la mort de Wagner (1883), il se maintiendra sur un rythme bisannuel, enfin à un rythme annuel avec des coupures liées aux événements historiques (la première guerre mondiale de 1914 à 1924, la seconde de 1945 à 1951).

Après la mort de Wagner c’est sa seconde femme, Cosima, fille de Franz Liszt, qui prit en mains les destinées du Festival, puis son fils, Siegfried, de 1905 à 1930. Globalement, pendant toute cette période, les opéras de Richard Wagner seront représentés tels que le « Maître » les auraient conçus… Mais de fait, à l’exception de « Parsifal » qui fut représenté plusieurs fois du vivant de Wagner, avec des indications très précises et en ayant conservé les décors, la représentation sera plus vraisemblablement fonction des souvenirs que Cosima pouvait avoir du « Ring » de 1876 : avec armures, casques à cornes de vaches, arbres, grottes, et animaux vivants.


[1] Albert Lavignac : « On va à Bayreuth, comme on veut, à pied, à cheval, en voiture, à vélo et le vrai pèlerin devrait y aller à genoux » ! Il est vrai que Thomas Mann comparait Bayreuth à Lourdes…