Scandale avec les nouveaux décors de 1934 pour "Parsifal" -  Nouveaux scandales après-guerre avec les productions de Wieland Wagner

 

Allemagne Sud Bayreuth Parsifal Alfred Roller

Après le décès des héritiers directs de Wagner, sa femme et son fils, le festival passe entre les mains de Winifred Wagner, une « pièce rapportée » d’origine anglaise, et épouse de Siegfried. Les décors de « Parsifal » tombant en lambeaux, il fallu se résoudre à mettre en œuvre une nouvelle production, en 1934, laquelle est confiée à Heinz Tietjen pour la mise en scène et au peintre Alfred Roller, membre de la Sécession viennoise, pour les décors. Roller a essayé de transcrire sur le plan visuel l’action interne de l’œuvre et le drame musical. Pour cela, il s’est permis certaines libertés vis-à-vis des indications scéniques du « Maître » : dans la première scène du premier acte, le paysage ne représentait pas le versant nord des Pyrénées mais un sommet alpin enneigé, la salle du temple n’était pas une espèce de basilique gothico-byzantine mais un ensemble de hautes colonnes élancées dont on ne percevait pas la couverture, etc.

Ce fut un joli tollé[1]… La « vieille garde », qui concevait Bayreuth comme un conservatoire des œuvres de Wagner où elles seraient représentées comme le « Maître » les avaient pensées, réalisées et vues, jugea la nouvelle exécution intolérable. Heureusement, Roller mourut l’année suivante et Winifred confia à son fils de vingt ans, Wieland, l’adaptation des décors qui, ayant été réalisés trop rapidement en 1934, présentaient de nombreuses imperfections. Les photos de cette nouvelle mise en scène laissent à penser que l’on était alors revenu à des décors plus « conventionnels ».

La famille Wagner s’étant compromise avec le régime nazi - accueil régulier d’Adolf Hitler de 1933 à 1939, adhésion de Winifred à la NSDAP, spectacles pour les anniversaires du Führer, représentation en 43 et 44 des seuls « Maitres chanteurs » à des fins nationalistes[2]… - le festival ne fut à nouveau autorisé qu’à partir de 1951. Un tribunal ayant condamné Winifred pour son soutien aux fascistes, il lui fut interdit de diriger le Festival, alors qu’elle était propriétaire du théâtre, et il en confia la direction est à ses deux fils, Wieland pour l’aspect artistique, et Wolfgang pour le volet administratif.

Wieland plaça le festival sous le signe unique de l’Art avec la formule « Ici, l'art prévaut », manière de se démarquer des périodes antérieures. En effet, outre la compromission avec le nazisme, pendant le règne de Siegfried, après 1918, le théâtre avait arboré le drapeau noir/blanc/rouge de l’Empire et non le drapeau de la République noir/rouge/or.

A la reprise de 51, avec « Parsifal » et « Le Ring », les décors naturalistes et réalistes qui étaient jusqu’à présent de mise, disparaissent et font place à un espace scénique minimaliste avec des jeux de lumière. C’était l’occasion de rechercher le sens profond de l’œuvre, de la dégager de toute répercussion politique en la situant hors de tout contexte historique, tout en excluant les mises en scènes traditionnelles et naturalistes.

Si les mises en scènes de théâtre de cette époque rejetaient également tout naturalisme, dépouillant le plateau de tout signe inutile - que l’on pense aux mises en scènes du Théâtre National Populaire de Chaillot à Paris par exemple - c’était néanmoins généralement pour débarrasser l’action d’éléments accessoires et pour mieux proposer une relecture contemporaine des œuvres. Rien de cela chez Wieland Wagner, mais au contraire une volonté de présenter des histoires universelles, intemporelles, symboliques…

Cela ne fit aucun plaisir à la « vieille garde » qui accusât Wieland de sacrifier les rites de la religion et de trahir son grand-père. Elle réclamait que soient respectées à la lettre les indications scéniques de Richard Wagner avec forêts aux feuilles bruissantes, fontaines glougloutantes, filles du Rhin « nageant » (accrochées à des poulies ou supportées par des charriots !), présence de véritables animaux sur la scène (à l’exception du Dragon qu’ils ont néanmoins dû chercher longtemps)…


[1] Oswald Georg Bauer. « Pierre de touche Parsifal – Sur la première publication des maquettes d’Alfred Roller pour le Parsifal de Bayreuth en 1934 ». In « Bayreuther Festspiele 1998 ».

[2] Notamment pour utiliser politiquement le vers final : « Et si le Saint Empire Romain doit s’en aller en fumée, nous garderons toujours l’art allemand dans sa sainteté » !

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