Les maîtres chanteurs et Parsifal -  Que nous dit la mise en scène ?

 

Photo Bayreuther Festspiele

A la mort de Wieland, en 1966, son frère cadet, Wolfgang, reprit le flambeau en continuant à utiliser les mêmes recettes de son aîné.

Nous avons vu deux mises en scènes de Wolfgang Wagner, en 1998, « Les Maîtres chanteurs » et « Parsifal »[1].

Pour « Les Maîtres chanteurs » les décors étaient stylisés et prenaient généralement en compte les indications scéniques de Richard : une église, une maisonnette, un lilas, une verte prairie, éliminant certes les détails secondaires, mais ajoutant une série de projections photographiques.

La mise en scène insistait sur le côté joli et poétique de l’histoire, c’était coloré mais pas très audacieux. Nul besoin d’être un « Wagner » pour faire cela…

Par contre, la direction des acteurs sur scène avait manifestement été laissée à l’appréciation des chanteurs eux-mêmes et ils semblaient faire ce qu’ils pouvaient pour occuper l’espace laissé à leur disposition. En conséquence, ils utilisaient tous les tics d’acteurs : gestes amples et exagérés, grimaces et mimiques pour souligner l’action et les sentiments, déplacements minima… Le plus ridicule étant Walther, le jeune premier amoureux, qui tirait son épée à tous propos alors qu’il était le seul à en porter une, parce que noble, au milieu des représentants des guildes d’artisans !

Pour « Parsifal », les décors étaient stylisés façon « cubisme-expressionisme-dadaïsme »… tout ce que leur père, Siegfried, détestait en 1925 pour défendre les mises en scènes naturalistes. Ceci étant, les enfants devenus adultes ne sont pas tenus de respecter les avis de leurs parents ! De gros stalagmites verdâtres, aux formes géométriques, représentaient la forêt au pied du château de Montsalvat, quelques escaliers aux très hautes marches, verdâtres là encore, constituaient les parois de la salle où est déposé le Graal, le donjon du château du magicien Klingsor était une nacelle d’ascenseur située entre deux escaliers, mais rougeâtres cette fois… Normal, Klingsor est une créature diabolique. La source de l’acte III était devenue une grosse boule sur laquelle coulait de d’eau, toujours dans une lumière crépusculaire.

Bref, pas renversant tout ça et surtout on était toujours dans l’image d’Epinal : un univers gentillet, au mieux poétique, comme pour les « Maîtres chanteurs ». C’est un peu plus gênant dans « Parsifal » qui est une histoire à dormir debout, devenue assez incompréhensible un siècle plus tard. Il y a la musique certes, extraordinaire comme il se doit, mais que peut nous dire l’œuvre à nous, hommes et femmes du tournant du XXIe siècle, qui ne nous posons pas nécessairement le même type de questions que Wagner et ses contemporains, ou du moins dans des termes assez radicalement différents ?

Au travers de ces deux exemples, les mises en scène de Wolfgang Wagner apparaissaient assez « plates ». Certes, ce n’était pas un ratage, car Wolfgang avait un bagage d’expériences et de références suffisamment extraordinaire.

Et pourtant, une révolution avait eu lieu précédemment à Bayreuth, à l’instigation du même Wolfgang Wagner, et tout à sa gloire, confier le « Ring » du centenaire, à un quarteron de Français, tombant d’une autre planète, pas nécessairement groupie de Richard Wagner, avec Boulez à la direction d’orchestre, Chéreau à la mise en scène, Peduzzi pour les décors et Schmidt pour les costumes.