Un Ring à la gloire des pizzas, celui de Hall et Solti - Dernier sursaut des "traditionnalistes" ?

 

Allemagne Sud Bayreuth Ring Hall

[1] Si j’en crois notre participation au festival de Bayreuth en 1983, 88 et 98, la « révolution française » n’a pas pour autant balayé les mises en scènes stylisées et intemporelles, on l’a constaté avec celles des « Maîtres chanteurs » et de « Parsifal » de Wolfgang Wagner.

Le Ring de 1983 succédait à celui du Centenaire. Il fut confié à Georg Solti qui choisit Peter Hall pour la mise en scène (Hall avait fondé la Royal Shakespeare Company). Solti déclara qu’il voulait assister une fois dans sa vie à un « Ring de Richard Wagner, romantique et naturaliste, et non pas à un Ring marxiste » ! Le ton et l’orientation étaient donnés, la messe dite.

Il s’agissait de ressusciter un conte de fées, en revenant à une représentation naturaliste de la mise en scène, fidelissime aux indications de Richard Wagner[2] jusqu’à l’excès : les filles du Rhin nageaient vraiment, nues, dans une vaste piscine placée sur la scène (commode pour chanter !), le monde des Nibelungen reconstituait une mine, Siegfried bat son épée sur une représentation minutieuse d’une forge, les forêts sont montrées comme de vraies forêts, etc. Malgré tout quelques scènes étaient symbolisées, comme la chevauchée des Walkyries, où les vaillantes amazones étaient disposées sur un plateau circulaire lequel s’inclinait progressivement vers la salle, faisant penser irrésistiblement à une immense pizza aux olives.

Après la première année, Hall a fui les lieux - comme Solti d’ailleurs - ne revenant que l’année suivante pour faire des adaptations à son dispositif scénique et ne réapparaissant plus, à telle enseigne que les représentations des années suivantes (1984 / 86) étaient dites « d’après la mise en scène de Peter Hall ». Ce Ring est souvent considéré comme l'un des plus grands flops de l'histoire du Festival de Bayreuth… sauf par la « vieille garde » bien entendu !

Le Ring suivant, de 1988 à 1992, était dirigé par Daniel Barenboïm avec une mise en scène d’Harry Kupfer, alors directeur de l’opéra comique de Berlin Est (RDA). Sa mise en scène est généralement jugée moderniste, plaçant l’histoire du Ring au lieu de confluence entre passé, présent et futur, et centré sur les luttes de pouvoir et de l'amour. Bref, encore une mise en scène jugée « marxiste » par la « vielle garde ». Pauvre Georg Solti placé ainsi en sandwich entre deux marxistes ou prétendument tels !

Kupfer imagine un monde après l’apocalypse. La forge de Mime est située dans un ancien silo à missiles ou une citerne, la chevauchée des Walkyries s’effectue sur des échafaudages, l’arbre du monde est calciné. Le dispositif scénique est futuriste, stylisé, généralement minimaliste, jouant avec dextérité des effets de lumière, notamment les rayons lasers. Le souvenir que j’en garde est agréable, une production scénique simple, efficace, mettant en valeur les relations de pouvoir.

Après ce bref aperçu sur quelques mises en scène de ces trente dernières années, il me semble que la mise en scène de Chéreau a marqué une rupture dans les représentations des opéras de Wagner à Bayreuth sans, bien sûr, que le basculement soit total, ni immédiat. L’ancien monde se poursuit dans le nouveau, mais le « paysage » est devenu globalement d’une autre nature, c’est aussi ce sur quoi s’accordent un grand nombre de sites internet wagnériens, à l’exception de la « vieille garde » bien entendu.

La présence du metteur en scène devient importante, voire prépondérante, des innovations - pas nécessairement toujours heureuses, mais c’est une autre affaire – sont apportées à la scénographie, bref, c’est l’actualité des histoires racontées dans les opéras de Wagner qui est interrogée.