Une mise en scène "anti-nazi" à la gloire de la sociale-chrétienne-démocratie allemande - Surchargée d'un fatras de significations freudo-politico-wagnériennes

 

Allemagne Sud Bayreuth Parsifal 2010

[1] Ce « Parsifal » a été créé au festival de Bayreuth de 2008 avec Daniel Gatti à l’orchestre, Stefan Herheim pour la mise en scène et des décors de Heike Scheele. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le metteur en scène s’éloigne des indications scéniques wagnériennes : le premier acte se déroule d’abord dans la villa « Wahnfried » de Richard Wagner à Bayreuth, puis dans une salle de château qui pourrait être aussi la Galerie des Glaces de Versailles… Tout cet acte étant placé sous le signe de la naissance de l’Allemagne contemporaine jusqu’à la déclaration de guerre de 1914, vue du côté de « Wahnfried ».

Le second acte se déroule d’abord dans une salle d’hôpital de blessés de guerre, avec un magicien Klingsor en maître de cérémonie de cabaret avec porte-jarretelles dans le Berlin des années 30, puis dans le jardin de la villa « Wahnfried » où Parsifal anéanti des soldats SS, rétablissant la démocratie alors que chute des cintres un monstrueux aigle hitlérien ! On l’aura compris, le château du mage maléfique Klingsor est le lieu dans lequel se déroulent la montée puis la chute du nazisme. Troisième acte : il se déroule dans le cadre de scène du Festspielhaus reproduit sur le plateau. Dans la première scène la villa « Wahnfried » est détruite, la fontaine du jardin brisée, et des groupes de femmes déblayent les ruines allemandes. Après une projection, en fond de scène, de la devise des frères Wagner en 1951, « Ici l’art prévaut », les spectateurs assistent à une joute oratoire entre groupes parlementaires au sein du nouveau Bundestag. Parsifal pénètre alors dans le parlement, apaise les souffrances d’Anfortas, calme les divisions entre parlementaires et apporte la paix ! Parsifal devient désormais le « rédempteur » de l’Allemagne.

Le public germanique, caressé dans le sens du poil, fait une ovation au metteur en scène. Il est vrai que « Parsifal » avait fini par être interdit de représentation sous Hitler car jugé « pacifiste ». Si le metteur en scène en était resté à ce schéma, en dehors du côté totalement démago du troisième acte, cela constituait un éclairage de l’œuvre en renvoyant à des interrogations sur l’histoire germanique et la constitution de la nation allemande. Après tout Wagner y a participé lui même. Le problème, c’est qu’en plus de ce niveau de lecture, le metteur en scène en a rajouté d’autres ! Et même beaucoup d’autres… Un niveau « freudien » dans les relations entre Parsifal et sa mère, évoquées lors du décès de celle-ci mais aussi dans la relation entre Parsifal et Kundry, envoyée par le mage pour le séduire, le tout compliqué par l’assimilation entre Kundry, la mère de Parsifal et Cosima ! J’en oublie... Il faut pouvoir également décrypter la signification de la présence de Parsifal sur scène parfois sous forme d’un enfant en costume marin, ou d’un « adulte » affublé également d’un costume marin, soit de couleur blanche, soit de couleur noire. Le tout pouvant signifier que l’on est soit dans le réel, soit dans les rêves de Parsifal, ce qui est suggéré aussi par le fait que les personnages sont, ou non, parés d’ailes. Le premier acte, serait donc un acte rêvé dans lequel la jeune Allemagne se construirait. Cela devient vraiment très compliqué[2]. Mais il faut encore ajouter à tout ce fatras la présence de la tombe de Wagner sur scène, en premier plan, symbolisant le père fondateur omniprésent. Tombe sur laquelle Parsifal enfant construit un mur de briques (la construction de l’Allemagne contemporaine ?) et que Parsifal adulte pointe de sa lance lors de l’effondrement du IIIe Reich pour signifier la fin de l’utilisation de la pensée wagnérienne par le nazisme. Sans parler de la signification du lit qui occupe le centre des deux premiers actes et dans lequel tout le monde passe à loisir : la mère de Parsifal, Parsifal enfant, Parsifal adulte, Anfortas... avec des disparitions ou apparitions à répétition par trappe. Le lit et sa trappe en folie disparaissent, enfin, dans la dernière scène pour signifier, peut-être, que le temps de la naissance de l’Allemagne est maintenant terminé et que l’ère de la démocratie est arrivée. Mais il est remplacé en lieu et place par un cercueil, ce qui est plus inquiétant ! Le metteur en scène dans sa surabondance de signes et de significations s’en est-il aperçu ?

Cette mise en scène a au moins un avantage, c’est que, contrairement à celle excessivement dépouillée de Wolfgang Wagner, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. Il se passait toujours quelque chose de nouveau et d’inattendu sur scène, obligeant sans cesse à chercher la correspondance entre l’action représentée et le texte de Wagner. Dur. J’ai évité la migraine mais cela se faisait au dépend de mon écoute de la musique… Dommage car elle vaut mieux que la mise en scène.


[1] Photo, Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath.

[2] Pour les curieux, voir notamment le site Wagner-opéra. Interview de Stefan Herheim.

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