Un public moins caressé dans le sens du poil - Des éléments de mise en scène absurdes et mal maîtrisés

 

Allemagne Sud Bayreuth Lohengrin 2010

[1] Si le « Parsifal » de Daniel Gatti et Stefan Herheim fut très applaudi, la nouvelle production de « Lohengrin », dirigée par Andris Nelsons, avec une mise en scène de Hans Neuenfels et son décorateur-costumier Reinhard von der Thannen, fut largement huée pour son volet mise en scène ! Songez donc, Hans Neuenfels, ex directeur de la Freie Volksbühne à Berlin, a transformé tous les barons et nobles du pays de Brabant en rats ! Les costumes sont d’ailleurs parfaitement réussis et les mimiques de ces charmants animaux très étudiées… même si, de temps à autres, les rongeurs se prennent un peu les pattes dans les queues qui trainent à terre.

Le décor des actes 1 et 3 représente une vaste salle, blanche et lumineuse, laboratoire, vestiaire de piscine ou d’un carreau de mine. Dans cet univers aseptisé pour animaux de laboratoire, l’arrivée de Lohengrin va s’accompagner d’une expérience d’humanisation de ces rongeurs qui, petit à petit, perdent leurs attributs animaux. Dans une très belle scène, les rats-barons se dépouillent de leur enveloppe animale qu’ils suspendent à des crochets et qui montent dans les cintres comme dans les carreaux de mines. Dommage que la scène soit répétée deux fois… pour que le spectateur comprenne bien les changements en cours ?

Si cette humanisation progressive s’opère, les « barons » restent néanmoins une masse sans individualité. De rats portant chacun un numéro, ils deviennent des féaux de Lohengrin, toujours indifférenciés, tous affublés du même uniforme frappé d’un « L » ! L’expérience d’humanisation échouera finalement puisque Elsa n’aura pas accordé toute sa confiance à Lohengrin et qu’elle lui posera la question fatidique qu’elle ne devait pas poser sur ses origines. La mise en scène renforce le propos pessimiste de l’opéra sur l’échec d’une demande de confiance totale.

Le décor, les lumières, les costumes, donnent lieu à des scènes magnifiques, comme l’affrontement entre Elsa Von Brabant et Ortrud, l’une toute de plumes blanches, l’autre de plumes noires, cygne noir contre cygne blanc.

Quelques éléments de la mise en scène tournent toutefois au grand guignol dépréciant un ensemble homogène et de très haute tenue : Lohengrin arrive, non pas sur un bateau tiré par un cygne, mais accompagné d’un cygne tirant une barque ressemblant à un cercueil… annonçant l’échec prévisible de l’expérience, peut-être ? Cette barque-cercueil émerge au centre du grand lit nuptial dans la grande scène entre Lohengrin et Elsa au moment où celle-ci demande à Lohengrin qui il est. Etait-ce bien nécessaire ? Au final enfin, la barque-cercueil réapparait portant un énorme œuf, lequel abrite un fœtus des plus laids, le jeune frère retrouvé d’Elsa, qui lance sur scène des morceaux de son cordon ombilical… signifiant, peut-être, que la société des hommes est encore à naître ?

Ce sont quelques traits, trop appuyés, qui viennent gâcher un ensemble d’une assez belle cohérence et ayant le mérite de bien mettre en valeur la musique… Toutefois une moitié du public n’a pas suivi. Manifestement, ils ont eu l’impression que l’on trahissait leur magnifique conte de fées… « comme si l’on avait mis des moustaches à la Joconde »[2].


[1] Photo, Bayreuther Festspiele, Enrico Nawrath.