A propos des cabinets de curiosités - Le musée de la cathédrale de Victoria - Des représentations de Sainte Agathe, sainte patronne de l'île

 

Malte Sainte-Agathe

Les musées de Malte n’ont pas tous été touchés par la baguette magique de la nouvelle muséographie. Ils apparaissent le plus souvent comme les héritiers des cabinets de curiosités des Rois et Princes de la Renaissance qui entassaient des objets précieux, à caractères historique ou étrange, des tableaux, des gravures, des bustes, des statues romaines, des pièces de monnaie...

Une des collections les plus vastes et les plus étranges aurait été celle de l’Empereur Rodolphe II de Habsbourg, Empereur du Saint Empire, roi de Bohême et roi de Hongrie, qui mêlait peintures d’Arcimboldo, bijoux, carapaces de tortues, instruments astronomiques, autruches empaillées, porcelaines, boulons de l’arche de Noé ( ! ), cristaux, racines de mandragore, prie-Dieu en argent, pierres stellaires, horloges, cors de chasse en ivoire, médailles, motte de glaise de la vallée de l’Hébron dans laquelle Dieu aurait modelé le protoplasme d’Adam ( ! ), automates, statues, coraux, couteau avalé par un paysan… et mille autres choses plus incroyables les unes que les autres.

Certes le musée de la cathédrale de Victoria n’atteint pas ce niveau de bric-à-brac et de richesses étalées, mais sa collection n’en est pas moins étonnante : les chasubles et les mitres des derniers évêques de la ville, leur carrosse, la chaise sur laquelle se serait assis Jean-Paul II lors de sa visite à Malte en 1990, sa chasuble et ses chaussons, une collection de monnaies papales des années 1980 et 1990, quelques exemplaires des monnaies de l’ordre de Malte, un stylo-plume en or dans sa pochette plastique (aurait-il également servi à Jean-Paul II ?) et, quelques ratons laveurs plus tard, des tableaux de scènes religieuses diverses dont plusieurs représentations du martyr de Sainte-Agathe de Catane, sainte patronne de l’île de Malte, laquelle est réputée avoir sauvé les Maltais lorsque les Turcs les attaquèrent en 1551.

Un mot sur Sainte-Agathe et son martyre... Née au IIIe siècle à Catane, Agathe était une chrétienne d’une famille noble. D’une très grande beauté, elle honorait son Dieu avec ferveur et lui avait consacré sa virginité. Le proconsul de Sicile souhaitait l'épouser espérant jouir, tout à la fois, de sa beauté et de sa fortune. Mais Agathe ayant refusé ses avances, il l'envoya dans un bordel pour lui faire accepter ce mariage et renoncer à son dieu. Faute de succès, elle fut torturée en lui arrachant les seins à l'aide de tenailles ! Selon la légende, Sainte-Agathe aurait vécu quelques temps à Malte dans une grotte pour se protéger des persécutions romaines.

Le plus souvent, Sainte-Agathe est représentée après son martyr, tenant devant elle un plateau sur lequel sont posés ses deux seins, à plat, côte à côte, comme si elle servait deux petits entremets. C’est le cas de ce tableau de Francisco de Zurbarán au musée Fabre de Montpellier. A Victoria, le martyre de Sainte Agathe est représenté avec beaucoup plus de réalisme ! D’un côté, un homme manie une grande tenaille dont les deux mâchoires dentées vont couper le sein gauche, de l’autre, le sein de droite a déjà été coupé net, comme au couteau électrique, faisant sur la poitrine de la jeune femme une trace parfaitement ronde de couleur bien rose, un rose pamplemousse. Le sein coupé, tombé à terre, est aussi bien rond, comme une coupelle, avec la même couleur de pamplemousse frais.

Au milieu de ces différentes vieilleries assez poussiéreuses, la jeune gardienne baille et semble s’ennuyer à mourir. Les clients sont rares et restent peu de temps. Dans ce lieu consacré à des objets sacrés ou quasiment, notamment avec tout ce qui relève de la dernière visite de Jean-Paul II (chaise, chaussons, stylos…), elle écoute sans honte aucune la musique très contemporaine d’une petite radio.

Il n’y a plus rien de sacré, même à Malte ! Tout fout le camp.

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