Un fort attachement à la religion catholique - D'une origine, somme toute récente - Avec un grain de pudibonderie

 

Malte église catholique

En dehors des touristes, des palais et des églises baroques, il y a aussi des Maltais à Malte !

Mais, c’est qu’il est bien plus difficile, quand on est touriste soi-même, de découvrir et d’entrer en contact avec les Maltais. Non seulement les touristes sont très nombreux mais de plus tout est organisé pour eux : sites, plages, restaurants, musées, commerces, et les Maltais côtoyés sont donc le plus souvent à votre service ce qui ne facilite pas nécessairement le contact.

Même les églises sont parfois plus à usage touristique qu’à usage liturgique comme les cathédrales de Saint-Jean-de-La-Valette, Saint-Paul de Mdina ou de Gozzo. Et pourtant, c’est encore là qu’on a le plus de chance de rencontrer la population locale vu l’attachement de celle-ci à la religion catholique. Comme en Pologne, il n’y a pas à Malte de ces différences subtiles propres à la France, entre croyant et pratiquant. Tous ici sont pratiquants, aussi les églises sont des lieux de vie où chacun rentre et sort, prie, mais aussi se rencontre, discute, des lieux qui ne sont pas réservés qu’aux vieilles femmes.

D’un point de vue historique, il n’y a pourtant pas si longtemps que les Maltais sont catholiques. Au recensement de 1240 les musulmans et les juifs étaient plus nombreux que les chrétiens. Il est vrai qu’ensuite l’Empereur du Saint-Empire Romain-Germanique, Frédéric II, a expulsé les Arabes en 1240 / 1250, ou qu’ils ont été contraints, s’ils désiraient rester, de se convertir au catholicisme. Cet attachement profond au catholicisme s’explique peut-être aussi par le rôle du clergé qui a été le défenseur des populations maltaises contre les prétentions des Grands maîtres de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. Mais plus simplement, c’est peut-être aussi le signe d’une population où les traditions rurales restent fortement marquées. Toujours est-il que la constitution de Malte va jusqu’à reconnaître que « la religion de Malte est la religion catholique, apostolique et romaine ». Il existe néanmoins une mosquée à Paola et une église anglicane à La Valette.

A l’intérieur de Notre-Dame-Des-Grâces de Zabbar les murs sont recouverts de tissu damassé rouge ainsi que les pilastres d’où jaillissent les chapiteaux de feuilles d’acanthe dorées. Nous tombons en plein chantier de nettoyage de l’église. Sur de hautes échelles, dans des équilibres précaires, des jeunes gens décrochent les tissus qui sont ensuite pliés pour être envoyés au pressing peut-être ? Ils dépoussièrent aussi consciencieusement les ors des chapiteaux ou des cadres des vastes tableaux accrochés aux murs du chœur. Un très haut échafaudage de bois, posé sur un plateau à roulettes, est abandonné au milieu de la nef. Grâce à sa mobilité et sa grande hauteur il doit permettre de nettoyer commodément les lustres de cristal qui pendent des voûtes. Force est de constater que les églises maltaises sont non seulement de belles constructions mais qu’elles sont aussi d’une propreté méticuleuse, pas un gramme de poussière ne vient voiler les tableaux ou accentuer les reliefs des statues par des couches grisâtres.

A l’entrée de l’église Xaghra, un vieil homme fait comprendre à mon épouse qu’elle doit se couvrir les épaules et les jambes. Elle n’était pourtant pas en maillot de bain ni en short, mais portait une robe très décente, à manches courtes. Qu’à cela ne tienne, tout est prévu, des carrés de tissus aux couleurs neutres, gris ou gris bleu, à enrouler autour des reins ou porter sur les épaules, permettent aux touristes femmes de couvrir toute cette nudité que Dieu ne saurait voir, comme en Espagne dans les années 50. Est-ce le résultat de la très longue présence arabe et du maintien à Malte, même catholique apostolique et romaine, de traditions musulmanes, comme la claustration des femmes, qui persista jusqu’au XIXe siècle, et l’usage de se voiler en public en portant la faldetta[1] ? A l’intérieur, c’est une débauche de marbres aux couleurs vives, sur les murs comme sur les piliers. En application des bons vieux principes « Charité bien ordonnée… », ou « Il faut rendre à César… », chaque plaque de marbre d’un mur ou d’un pilastre porte, inscrit en lettres d’or, le nom de la famille donatrice.


[1] Faldetta : forme de coiffe des femmes formant également châle.

Liste des articles sur Malte

Télécharger le document intégral