Les Secrétaires généraux se suivent... - Une rénovation approfondie du système - La "Perestroïka"

 

URSS 05 Reagan et Gorbachev

En mars 1985, une fumée blanche flotte au-dessus du Kremlin. En quelques années,  le sacré collège s’est déjà réuni en conclave trois fois pour élire un nouveau Secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique !

En novembre 82, après le décès de Léonid Brejnev, en février 84 après celui de Youri Andropov, et maintenant, une nouvelle fois, après la disparition de Constantin Tchernenko. Cette fois-ci, les membres du sacré collège ont choisi un pape de 54 ans. Pour éviter une nouvelle disparition précoce ?

« L’histoire s’amusait à se moquer de ceux qui prétendaient la gouverner impunément. Andropov mourut. Tchernenko le suivit. Avec la rapidité inconvenante d’une bande dessinée, mourait l’entourage de Brejnev. Et l’on célébrait si souvent des funérailles sur la place Rouge, au son de la  Marche funèbre de Chopin, que les Moscovites se surprenaient à en siffler l’air comme celui d’une mélodie à la mode »[1].

Toujours est-il que depuis la nomination de Mikhaïl Gorbatchev au poste de Secrétaire général les décisions visant à des changements profonds se suivent à un rythme accéléré :

  • septembre 85 : proposition d’une réduction de 50% des arsenaux nucléaires stratégiques des deux grandes puissances ;
  • février 87 : recevant une délégation de personnalités participant à un forum international pour un monde sans armes nucléaires, Mikhaïl Gorbatchev défend l’idée d’un monde d’où toutes les armes nucléaires auraient disparu d’ici l’an 2000 ;
  • avril 87 : proposition d’ouverture de négociations séparées avec les Etats-Unis pour la suppression des missiles à courte portée SS20 et Pershing ;
  • mai 87 : entrée en vigueur de la loi sur les activités individuelles dans les domaines de l’agriculture, l’artisanat et les services ;
  • juin 87 : loi sur l’entreprise socialiste et première expérience de candidatures multiples dans certaines circonscriptions électorales ;
  • février 88 : les mesures de détention dans les hôpitaux psychiatriques sont assouplies...

Un vaste mouvement de rénovation du système socialiste est enclenché après une longue période de « glaciation ». Le mot qui désigne ce mouvement est vite sur toutes les lèvres, tant en URSS qu’à l’étranger, « perestroïka », qui peut se traduire par restructuration, remodelage. La perestroïka imbibe tous les discours en URSS, comme sur l’URSS. Si le terme semble être apparu dès le début 86, c’est surtout à partir du Comité central d’octobre 86 que le terme est défini :

C’est un processus qui touche « toutes les sphères de la vie sociale, l’économie, les rapports sociaux, les superstructures politiques, la vie spirituelle, le travail des appareils du parti, de l’Etat, et de la gestion ».

Après l’invasion de la Tchécoslovaquie en 68, de l’Afghanistan en 79, l’expulsion de Soljenitsyne et l’exil de Sakharov, la proclamation de l’état de guerre en Pologne en 81, la destruction d’un Boeing sud-coréen en 83... la politique du PCUS et des Etats socialistes est peu attrayante ! Le négatif semble généralement l’emporter sur le positif et il devient un handicap certain pour le développement des luttes sociales dans les pays d’Europe de l’Ouest. La perestroïka apparaît alors comme un mouvement de réflexion sur la démocratie socialiste, le pluralisme des idées et des partis politiques, la transparence sur les décisions de l’Etat, la protection des citoyens, avec le droit au recours en justice contre les décisions arbitraires des administrations et sur le rôle spécifique du parti communiste qui s’est, de fait, substitué petit à petit à l’Etat.

Si nous avons déjà un peu tâté du socialisme en République Démocratique Allemande, il est donc temps d’aller voir à quoi ressemble le régime socialiste du « premier Etat socialiste », surtout à un moment où les choses semblent bouger.


[1] Andreï Makine. « La fille d’un héros de l’Union soviétique ». 1990.

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