Quartiers périphériques de Léningrad - Un métro sans contrôleurs ni portillons

 

URSS Léningrad Métro

« La construction du métro à Leningrad peut également être taxée de merveille. Elle s’est déroulée dans des conditions extrêmement difficiles par suite d’un sous-sol très particulier. Les bâtisseurs ont rencontré des sables mouvants, d’énormes blocs erratiques, des rivières et des lacs souterrains. Les stations de métro de Leningrad sont comme des palais dont l’architecture est variée et riche... »[1].

Arrivés dans l’après-midi et aucune visite n’étant prévue en fin de journée, nous ne pouvons rester dans nos chambres à attendre. Nous voulons voir ! Aussi prenons-nous la liberté de nous rendre dans le centre de Leningrad, sans guide et sans autorisation. A dire vrai, la chose ne semble pas si difficile, ni même interdite : il suffit de suivre la « Srednij Prospekt » pendant 600 à 800 mètres, jusqu’à la station de métro « Vasileostrovskaïa », lequel métro nous conduira, en une seule station, sur la perspective Nevski.

Le quartier dans lequel est situé l’hôtel est un quartier de la fin du XIXe et du début du XXe  composé d’immeubles longeant rues et avenues, de trois à quatre étages, composant des pâtés de maisons avec des cours intérieures, selon le même modèle architectural que celui de toutes les villes européennes 1900. A leurs tailles, leurs matériaux, leurs architectures, on peut juger que ces bâtiments étaient des immeubles « petits-bourgeois ». Toutefois, l’état d’entretien de leurs façades est manifestement très médiocre ; ils n’ont pas dû être souvent réparés et peints depuis la révolution russe ! Les portes cochères des cours intérieures laissent apercevoir un bâti assez dégradé avec des constructions parasites. Les trottoirs et la chaussée sont également très abîmés, les bordures et les caniveaux sont irréguliers, le pavage mité et l’asphalte défoncé. S’il est vrai que nous sortons tout juste de l’hiver et que la neige et le gel ont dû dégrader immeubles et espaces publics, il est néanmoins permis de penser  que la situation était déjà très médiocre avant.

Deux jeunes filles habillées à la mode « Punks », jeans troués et blousons cloutés, nous croisent. Elles tiennent à la main un radiocassette qui gueule du hard-rock à pleins poumons. Indice supplémentaire : les modèles de la révolte adolescente sont semblables à l’Est comme à l’Ouest.

Prendre le métro se révèle extrêmement simple. Pas de ticket à acheter et à faire poinçonner, il suffit de glisser une pièce de 5 kopecks, soit 25 centimes (une misère), dans la fente du portillon automatique. Pas de ticket, donc pas de contrôleur, ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas de contrôle ! Si celui-ci n’est pas le fait d’un corps particulier d’agents, le contrôle est en fait social, ce sont les autres voyageurs qui l’effectuent. Evidemment, c’est un peu difficile à comprendre, surtout pour des Français chez qui frauder est un quasi « sport national ». Les Allemands, eux, ne doivent même pas remarquer cette absence de contrôle institutionnel.

Seconde surprise, la profondeur des stations : des escaliers mécaniques sans fin vous descendent toujours plus profondément sous terre. Même les stations du métro parisien de « Saint Michel » ou de « Cité », pourtant les plus profondes, apparaîtraient ici bien superficielles. Est-ce à cause de la nature des sols de la région, d’anciens marais ? Est-ce pour des motifs de protection civile en cas de guerre ?

La station de métro « Vasileostrovskaïa » est une station sans fioritures ni dorures contrairement aux descriptions habituelles des métros soviétiques. Il faut préciser qu’il s’agit d’une station construite très récemment. Néanmoins, les murs sont quand même couverts de marbre ! Les quais sont fermés par des portes automatiques qui ne s’ouvrent que quand les portes de la rame s’ouvrent elles-mêmes. Ce système empêche d’éventuelles chutes sur la voie, ou la descente prématurée des voyageurs avant l’arrêt complet de la rame.

Il n’y a qu’une station pour « Nevskij Prospekt », mais très longue. Par la profondeur de ses tunnels, la grande distance entre deux stations, comme par le matériel roulant, le métro de Leningrad s’apparente davantage à notre Réseau-Express-Régional parisien.