Où est passé le musée Maïakovski ? - Un poète coulé dans le bronze et l'oubli ?

 

URSS 06 Maïakovki

En sortant du Goum, nous décidons d’aller visiter le petit musée Maïakovski qui devrait être situé non loin, au 3/6 du passage Sérov, autrefois Passage Lioubianski, dans l’ancien appartement du poète.

« Un logement
                     de douze mètres carrés.
Dans cet espace
                       on vit à quatre
Lili
       Ossia
            moi
et le petit chien
                    Chtchenik »[1].

L’appartement était minuscule mais, de plus, dans ces années d’après la révolution, très peu ou pas du tout chauffé et, les canalisations d’eau étant gelées, il fallait utiliser les toilettes publiques des gares, notamment celle de Iaroslav.

C’est là qu’il s’est suicidé le 14 avril 1930, à 10h15, après le départ de sa dernière conquête, une jeune actrice, Veronica Polonskaïa.

Il rédigea sa propre épitaphe deux jours avant sa mort :

« Le canot de l'amour s'est fracassé contre la vie (courante). Comme on dit, l'incident est clos. Avec vous, nous sommes quittes. N'accusez personne de ma mort. Le défunt a horreur des cancans. Au diable les douleurs, les angoisses et les torts réciproques ! ... Soyez Heureux ! ».

Nous longeons la rue Kouïbitchev devant le Goum et trouvons très vite la place neuve et le square Ilinski dans lequel s’ouvre le passage Sérov. Mais celui-ci a l’air d’être en pleins travaux. Pas moyen de trouver le musée Maïakovski, même en demandant aux ouvriers qui manifestement ne comprennent pas notre accent ! Ou alors Maïakovski serait-il déjà oublié des « masses populaires », lui qui déclamait ses vers devant des foules immenses ?

Il joua un rôle clef dans la littérature soviétique en révolutionnant les codes de la poésie, en exaltant le monde urbain, la vitesse et les machines, et créant le mouvement futuriste en Russie. Totalement engagé dans la révolution d’Octobre, il mettra son art au service de la révolution notamment en participant à l’aventure des « fenêtres Rosta ». Il s’agissait d’affiches sur des thèmes d’actualité politique, militaire ou économique, éditées de 1919 à 1922, placardées dans les vitrines des magasins, puis sur des panneaux de 4m x 4m. Elles comportaient des dessins satiriques et des légendes sous formes de slogans, correspondant à l’actualité immédiate, et devaient être vues et comprises rapidement.

Impatient, intransigeant, il se heurtera bien vite aux instances du Parti après la disparition de Lénine. Staline ordonnera certes des funérailles nationales pour celui qu'il qualifiera de « poète de la Révolution », mais c’était pour mieux l’enterrer définitivement. Il sera vite déconsidéré, oublié, au motif notamment qu’il ne fallait pas faire le culte de Maïakovski ! Le motif ne manque pas de sel en pleine période stalinienne. Evidemment, le culte de la personnalité du chef tout puissant ne supportait pas l’ombre que les autres pourraient lui faire, même morts.

Il eut droit aussi à une « magnifique » statue inaugurée en 1958. Colossale (6 mètres de haut, reposant sur un socle de 85 tonnes), elle est du plus pur réalisme socialiste, autre excellent moyen pour l’embaumer et l’oublier. Le poing sur la hanche, le menton levé, dirigée vers le soleil levant ( ! ), le poète qui domine la foule semble défier l’avenir et conduire les masses prolétariennes vers un avenir radieux et la victoire finale ! Fermez le ban !

Lisez plutôt sa poésie.

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[1] Vladimir Maiakovski. « Ca va bien ! Poème d’octobre ». 1927.

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