Un reste du Moscou populaire - Devenu depuis un quartier "branché"

 

URSS Moscou rue de l'Arbat

« La vie de l’Arbat suivait son cours. Le soleil d’avril se glissait par les fenêtres et réchauffait le trottoir et les chaussées. Les congères se tassaient et noircissaient sur les boulevards, et des fissures de l’asphalte émanait le souffle chaud de la terre qui se réveille. Des écoliers sans manteaux et sans bonnets jouaient au football dans les ruelles. Des échafaudages encombraient les maisons, et des peintres et des maçons, les échafaudages : tous s’affairaient à réparer, repeindre, reconstruire. Sur la place de l’Arbat on avait démoli le square et les maisons qui gênaient la circulation. Moscou s’entourait de nouvelles usines et de nouveaux faubourgs, et se couvrait de baraques »[1].

L’Arbat, c’est peut-être le dernier quartier ancien de Moscou, le seul restant après cette débâcle qui voulait faire de la ville une grande capitale moderne à l’image du Paris d’Hausmann et du New-York de Long Island, en rasant tout pour reconstruire plus moderne, plus grand, plus imposant.

La rue de l’Arbat n’a rien de très spectaculaire en termes d’urbanisme, sinon qu’elle est la seule trace de ce qu’était le centre de Moscou avant les années 30. S’y succèdent, dans le plus grand désordre, quelques maisons du XVIIIe siècle, des immeubles d’habitation de la fin du XIXe et du début du XXe de style médiéval ou Art nouveau, et même quelques constructions du milieu du XXe suite au bombardement de Moscou pendant la seconde guerre mondiale, des grandes, des petites, avec des couleurs différentes !

Comment se fait-il que ce quartier ait été en partie conservé, alors qu’il est situé à deux pas du Kremlin ? Est-ce dû au fait que Pouchkine y a habité, au numéro 53, juste après son mariage, et que cela constitue son seul appartement moscovite ? Ou est-ce parce que Lénine y a lui-même résidé dans une des ruelles de la vieille Arbat ? Est-ce parce qu’il s’agit du Moscou populaire, un peu à l’image de notre Montmartre ?

« Arbat, oh mon Arbat,
                                   tu es ma vocation,
Tu es mon allégresse et tu es ma misère.
Tes passants ne sont pas des grands de ce monde,
Ils frappent du talon, courant à leurs affaires »[2].

Au début des années 1980, la rue de l'Arbat a été fermée à la circulation et transformée en voie piétonne ce qui, en Union soviétique, était une première. Plusieurs bâtiments historiques ont alors été restaurés ou le sont encore. Depuis, l’Arbat devient un lieu de promenade, moins des Moscovites et plus des touristes.

L’Arbat apparaît être aujourd’hui tout à la fois notre Place du Tertre et notre Saint-Germain-des-Prés, des artistes peintres exposent leurs tableaux en utilisant pour cintres des palissades de chantiers. Les œuvres sont d’un style composite, mi réalisme socialiste, mi cubisme ou mi tachisme. Manifestement, il n’est pas encore de bon ton d’aller trop loin dans l’innovation artistique, soit du côté de l’hyperréalisme, soit du côté de l’abstrait, il convient juste se démarquer un peu de la production officielle du réalisme socialiste et de se placer à la marge.

Mais, après tout, nos artistes qui exposent à la Place du Tertre ne font pas non plus dans la création artistique débridée !

Là où ma comparaison avec les quartiers parisiens se montre parfaitement absurde, c’est qu’ici, il n’y a pas l’ombre d’une terrasse de café. Un vrai désert, bien pire que dans les Emirats arabes les plus stricts, et pourtant les Russes n’ont pas une réputation de sobriété !


[1] Anatoli Rybakov. « Les enfants de l’Arbat ». 1987.

[2] Boulat Okoudjava. « Chanson de l’Arbat ».

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