·         Du « beau » à l’efficace - La droite ne bouge pas / La gauche va de l’avant

 

URSS Moscou Métro

Bien sûr, pas de visite de Moscou sans visite de son métro !

Si les stations récentes, en périphérie, sont peu décorées, bien que construites en matériaux de qualité, les stations du centre, construites à partir des années 30, sont ornées comme de véritables salles de bal de palais. La station « Kievskaïa » étale ses peintures à la gloire de Pierre le Grand, des flots de dorures et ses lustres immenses. La station « Maiakovskaïa » est toute de marbre avec des  mosaïques au plafond dans de larges encadrements de stucs. Même les couloirs sont ornés et décorés, certains sont de style renaissance avec plafonds en voûte d’arête et murs décorés en pointes de diamant, d’autres sont de véritables galeries d’apparat avec colonnades.

Mais ce recours à des formes artistiques obsolètes s’est achevé en 1955 après la disparition de Staline. Il n’était plus question de fioritures, moulures, mosaïques, statues, dorures et autres éléments décoratifs, mais d’aligner les kilomètres ! Le métro de Moscou compte désormais 120 stations réparties sur 10 lignes.

A Moscou, l’architecture souterraine a connu la même évolution que l’architecture en surface.

En ce sens, le métro de Moscou est une attraction touristique car tous les autres métros de ma connaissance ont privilégié l’efficacité à moindre coût même si certaines stations peuvent être décorées, comme la station « Louvre » à Paris, ou des efforts de design peuvent être faits. Sinon, les caractéristiques techniques du métro de Moscou apparaissent du même ordre qu’à Leningrad : grande profondeur, stations éloignées les unes des autres, matériel roulant du type de nos RER.

Bien sûr, il ne saurait y avoir de publicité dans le métro de Moscou même s’il existe des affichettes rédigées en cyrillique que nous sommes incapables de lire et de comprendre. S’il faut en croire les poèmes de Boulat Okoudjava, le métro de Moscou comporte des panneaux indiquant aux passagers :

« Ne bougez pas à droite -
avancez à gauche -
Serrez à gauche ».

Boulat Okoudjava s’en amuse et détourne les indications données pour faciliter la circulation en réflexion politique :

« Dans mon métro, je ne suis jamais à l’étroit
Parce que dès l’enfance, c’est comme une chanson
Où en guise de refrain il y a :
Ne bougez pas à droite - avancez à gauche !
L’ordre est éternel, l’ordre est sacré :
Ceux qui sont à droite ne bougent pas.
Mais ceux qui vont de l’avant toujours
Doivent rester du côté gauche »[1].

Que la réalisation des déplacements dans les couloirs et les escalators du métro de Moscou soit organisée sur une base révolutionnaire – la droite ne bouge pas / la gauche va de l’avant – il n’y a là rien que de très normal. En effet, depuis 1955, le nom officiel du métro de Moscou est : « Métropolitain de Moscou V. I. Lénine de l'Ordre du Drapeau rouge ». Cela a quand même une autre gueule que « Régie Autonome des Transports Parisiens » !

Le côté pompeux et emphatique se limiterait donc désormais aux appellations, discours et autres propagandes. Cela coûte moins cher… du moins immédiatement, mais cela ne préjuge pas des risques d’appauvrissement de la pensée, des analyses et des politiques sur le long terme.


[1] Boulat Okoudjava. « Chanson du métro de Moscou ».

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