Une grande puissance aux pieds d’argile

 

URSS Moscou Réalisations URSS 1

Un an et demi après cette visite, la R.D.A s’effondrait et, avec elle, la quasi-totalité des pays dits « socialistes » d’Europe. La théorie des dominos, qui servit de référence aux hommes politiques américains pour lutter contre l’expansion communiste en Asie et en Amérique latine, jouait maintenant en sens inverse. Il ne fallut pas attendre longtemps pour que le socialisme soviétique ne s’effondre de lui-même, de l’intérieur, comme un fruit trop mûr.

Nous avions sous estimé l’ampleur des problèmes en URSS et la lecture des documents de l’époque est cruelle. « C’est la nature même des sociétés socialistes qui appelle ces évolutions. La vie nous a donné raison. Elle a donné tort à ceux qui, pendant tant d’années, n’ont cessé d’affirmer que les sociétés socialistes, par leur nature même, conduisaient à un véritable enfer, comme à ceux qui ont considéré que ces sociétés étaient bloquées. (...) Ainsi, alors que le capitalisme s’enfonce partout dans la crise, le socialisme ouvre une nouvelle période de son histoire »[1].

La visite, même très rapide de Leningrad et Moscou, avait révélé l’existence de problèmes en U.R.S.S : la vie économique et sociale semblait dépendre encore largement d’une bureaucratie omniprésente entraînant des difficultés d’adaptation de la production aux besoins, des disfonctionnements dans la distribution des produits, des insatisfactions notamment dans la jeunesse. Mais nous restions raisonnablement optimistes pour l’avenir parce que nous analysions la situation des pays socialistes en termes de « retard ».

Pour l’essentiel, nous en étions restés à l’analyse suivante : « Comme cette étape du développement de l’humanité (ndrl, le socialisme) s’appuie sur la propriété sociale des moyens de production, elle élimine par là-même du développement des forces productives la contradiction essentielle : la disparité entre le travail collectif et l’appropriation de ses résultats par des particuliers »[2], réaffirmant le primat de l’infrastructure économique sur les autres éléments de la superstructure : social, culture, idéologie... Les contradictions « antagoniques » n’existant plus, seules pouvaient subsister des contradictions « secondaires » issues des résidus de l’histoire particulière de l’U.R.S.S. Lesquelles ne pouvaient mettre en péril le système lui-même !

La catastrophe de Tchernobyl en 1986 aurait dû nous mettre « la puce à l’oreille ». Avant la catastrophe, les Soviétiques pouvaient déclarer, sûrs d’eux-mêmes : « Entre les mains des capitalistes, l’atome menace à tout instant le monde d’une catastrophe. (…) La large « atomisation » de la production capitaliste avec son anarchie, son absence de planification et un contrôle en pratique insuffisant augmentent le risque de fuites en matières radioactives et de catastrophes encore plus graves »[3]. Mais les atomes se moquent pas mal de la planification socialiste, ils profitent des insuffisances techniques, ils ne supportent pas l’irresponsabilité et s’amusent des déclarations lénifiantes. Tchernobyl révèle toutes les failles du socialisme soviétique : centralisme, bureaucratie, absence de contrôle social et de démocratique.

« Maintenant on sait tout... Les chemins des champs n’étaient que des couloirs entre de larges zones entourées de barbelés. Des miradors se cachaient derrière les forêts. On nous faisait tourner en rond pour que nous ayons l’impression d’avancer. Maintenant on sait... »[4].

Engagés dans la lutte entre deux systèmes économiques et sociaux, voulait-on savoir ?

« J’ai l’impression qu’on passe tous nos rêves de jeunesse à préparer l’assaut du Palais d’Hiver et qu’en fin de compte on est bien forcé d’admettre que les civelles au magret de canard, c’est bien meilleur »[5].

 

Montpellier - avril / mai 1999


[1] Parti Communiste Français. « 26e congrès du Parti communiste français - Saint-Ouen ». Décembre 1987.

[2] Igor Adabachev. « La vie demain - tragédie ou harmonie ? ». 1973.

[3] Igor Adabachev. « La vie demain - tragédie ou harmonie ? ». 1973.

[4] Andreï Makine. « Confession d’un porte-drapeau déchu ». 1992.

[5] Manuel Vasquez Montalban. « J’en ai fait un homme ». 1987.

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