Angkor Vat, un temple dédié à Vishnu - Jayavarman VII le consacre ensuite au bouddhisme - Une "redécouverte" par les européens à la fin du XIXe

 

Cambodge Angkor Angkor-Vat

Contrairement à l'imaginaire populaire qui veut que les temples d'Angkor aient été découverts à la fin du XIXe siècle, le temple d'Angkor Vat a toujours servi de lieu de culte.

Il fut construit par Sûryavarman II dans la première moitié du XIIe siècle, en l'honneur de Vishnu. Vishnu est le « Préservateur de l’univers », il représente le mouvement centripète qui crée la cohésion, la stabilité, concentre l’énergie, est source de lumière et de vie. Vishnu est identifié à l’état de rêve dans lequel les mondes sont conçus ; il repose alors sur un gigantesque serpent, Ananta, qui symbolise la nature non évoluée, le vestige des univers détruits. Il est représenté avec quatre bras qui symbolisent sa domination sur les quatre directions de l’espace, et donc le pouvoir absolu, mais aussi les quatre stades du développement humain et les quatre buts de la vie (plaisir, succès, perfection et libération finale). Dans chacune de ses mains, Vishnu tient l’un de ses quatre attributs, la conque, dans laquelle il souffle pour vaincre les démons, le disque ou « spirale de l'éveil » avec laquelle il décapite les forces du mal, le lotus à six pétales, symbole du mental, et la massue, symbole de son pouvoir. Quand il est représenté en peinture, Vishnu est de couleur sombre (noir ou bleu), couleur de l’éther. Il a pour monture un oiseau, moitié vautour, moitié homme, Garuda, qui symbolise les paroles des Védas, la connaissance révélée transmise oralement. Garuda est invincible, il est le courage transformé en oiseau ; il aurait volé l'amrita, la liqueur d'Immortalité afin de sauver la vie de sa mère, prisonnière des Nâga qu’il combat[1].

Ensuite, avec l'avènement de Jayavarman VII à la fin du XIIe siècle, le sanctuaire sera consacré au bouddhisme. Le site d’Angkor fut abandonné au milieu du XVe siècle, pillé par les troupes siamoises qui emportèrent les statues les plus précieuses à Ayutthaya (Bangkok) d'où elles furent enlevées par les Birmans pour être déposées à Mandalay où elles sont toujours. Vers le milieu du XVIe, le roi du Cambodge « redécouvre » le site, le fait dégager et y établit sa cour. Angkor Vat, alors connu sous le nom de Preah Pisnuloke (nom posthume du roi constructeur) devint un lieu de pèlerinage bouddhique non seulement national, mais encore régional. Les pèlerins y déposèrent de nombreuses statues de Bouddha, constituant ainsi la galerie des mille bouddhas. C’est vraisemblablement à la même époque que trois des portes du prasat central furent fermées et un Bouddha debout fut sculpté en haut-relief sur chaque mur ainsi formé. Depuis lors, des bonzes occupèrent continuellement l'édifice et l'entretinrent.

Plusieurs missions et voyageurs ont cité, parfois décrit, la ville et son temple : Tchéou Ta-Kouan qui faisait partie d'une mission chinoise au XIIIe siècle, ou António da Madalena, un moine portugais qui visita le site en 1586. Toutefois, c’est le récit des voyages d’Henri Mouhot « dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos et autres parties centrales de l’Indo-chine », paru en feuilleton dans la revue « Le tour du monde » en 1863[2] qui va enflammer l’imagination des Français. Henri Mouhot n’a d’ailleurs jamais revendiqué d’avoir « découvert » Angkor, il signale au contraire dans son récit toutes les personnes qui l’ont aidé ou accompagné, missionnaires ou gouverneurs, dans sa visite. Son mérite est plutôt d’avoir souligné que ces ruines constituaient une manifestation artistique des plus extraordinaires.

« A la vue de ce temple, l’esprit se sent écrasé, l’imagination surpassée ; on regarde, on admire et, saisi de respect, on reste silencieux ; car où trouver des paroles pour louer une œuvre architecturale qui n’a peut-être jamais eu son équivalent sur le globe »[3].

La remarque est d’importance à une époque où les Européens étaient absolument persuadés qu’ils étaient les porteurs de la « civilisation ».


[1] Fernand Comte. « Larousse des mythologies du monde ». 2004.

[2] Textes édités par Hachette en 1868, réédités par Olizane en 1999.

[3] Henri Mouhot. « Voyages dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos et autres parties centrales de l’Indo-chine ». 1868.

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