Le petit temple de Neak Pean et son bassin - Des enfants aujourd'hui à l'école ?

 

Cambodge Angkor Neak-Pean

Le petit temple de Neak Pean est situé au centre d’un bassin carré, entouré sur chacun de ses côtés, de quatre bassins plus petits. Il est posé sur une île circulaire, enserrée d’un muret composé du corps de deux nâgas dont les queues entremêlées ont donné son nom au temple. La plate-forme symbolise un lotus épanoui. En effet, d’inspiration bouddhiste, il fut construit par le roi bâtisseur Jayavarman VII.

Le bassin central alimente quatre petits bassins chacun par l'intermédiaire de fontaines protégées d'une voûte, l'eau s'écoulant de la bouche de gargouilles en forme de têtes (éléphant, cheval, lion et homme), symbolisant les quatre éléments terre, eau, feu et air. L’ensemble est aussi une représentation du lac Anavatapta, un lac sacré mythique de l’Himalaya, source des quatre grands fleuves d’Asie et lieu de purification. Les bassins servaient aux ablutions des pèlerins pour purifier leur âme ou guérir de leurs maladies. Le fait de se baigner successivement dans les quatre bassins devait permettre de trouver l’équilibre entre les quatre éléments fondamentaux. L’ensemble était situé au centre d’une vaste retenue d’eau rectangulaire, le baray oriental, de 3 km sur 900 m, aujourd’hui asséchée et envahie par la forêt. Un Banian avait poussé sur le petit temple de Neak Pean, l’enserrant étroitement de ses racines.

« Le banian qui jaillit du temple de Neak Pean après avoir assujetti son élan par les tentacules envoyés au travers du massif de pierre surmontant les quatre bassins dont elles boivent l’eau bourbeuse, est le sceau de la divinité qui règne en ces lieux. Elle a dicté ce miracle »[1].

Las, en 1935, une tempête fit tomber le banian et, bien entendu, toute la tour qu’il enserrait. Ce fut l’occasion pour l’école française d’extrême orient de reconstruire le petit temple par anastylose.

Lors d’une précédente visite, deux jeunes garçons m’avaient chaperonné d'autorité dans ma promenade en me détaillant, dans un français appris d'oreille, au contact des guides et des touristes, les différentes parties du monument. « Là, vous allez voir la fontaine à la tête de cheval... », « Là, c'est celle à la tête d'éléphant... », et de fredonner d'un air goguenard « Un éléphant, ça trompe, ça trompe », chanson apprise de quelque visiteur facétieux.

A Prah Khan, de très jeunes enfants, de trois ou quatre ans, vous suivaient tout au long de votre visite avec le bruit continu de leur litanie « one dollar... one dollar... one dollar ». A Ta Prohm, une petite fille de quatre ou cinq ans, torse nu, longue robe, pieds nus, comme les Apsaras des bas-reliefs, s'essayait à reproduire les gestes des danseuses célestes, demi-déesses du paradis d'Indra, nées du barattage de la mer de lait, au son d'un orchestre composé d'une flûte, d'une percussion et d'un instrument frotté à trois cordes, joués par trois jeunes garçons. La musique et la danse démarraient dès que vous passiez la porte du prasat surmontée des quatre visages de Bouddha de la première enceinte et s'arrêtait dès que vous aviez dépassé le groupe d'une dizaine de mètres. Sur la grande chaussée d'Angkor Vat, une petite vendeuse avait étalé ses kramars [2] rouges et verts sur la balustrade formée du dos du grand serpent Nâga aux sept têtes. Au Phnom Bakeng, des petites filles de huit, dix ans, grimpaient au sommet du phnom avec vous, une lourde glacière au bras, les pieds chaussés de sandales de plastiques, vous indiquant les difficultés du chemin, les marches les plus hautes ou les pierres qui glissent et vous proposait à intervalles réguliers « Coca-Cola, monsieur ? Seven-Up, monsieur ? ». Arrivé au sommet, vous craquiez, tant de sollicitudes méritant salaire ! Mais pour autant la petite fille ne vous lâchait pas, elle attendait que vous lui rendiez la boîte métallique vide dont vous ne saviez que faire et qui lui permettrait, en la revendant, de gagner quelques riels supplémentaires. Aux tours de Prasat Kravan, une foule de jeunes enfants se précipitait sur vous à la descente de la voiture pour vous proposer des cigognes-marionnettes ou de petites cloches de bois sur lesquelles frappaient deux petits marteaux de bois. Cela relevait quasiment de l'opération commando et il ne vous lâchait qu’à l'apparition d'un autre véhicule et de son lot de visiteurs.

S’ils sont moins nombreux aujourd’hui, j’aime à penser qu’ils vont désormais à l’école !


[1] Elie Faure. « Mon périple ». 1931.

[2] Kramar : Pièce de tissu aux carreaux verts, noirs ou rouges qui sert à de nombreux usages : enrubanné sur la tête, il protège du soleil, devant le visage en mobylette, il protège des poussières...

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