Les activités au bord du fleuve - Des milliers de Bouddha

 

Laos Luang-Prabang Grottes de Pak-Ou

Le Mékong, au niveau de Luang Prabang, n’a évidemment pas l’ampleur qu’il présente dans son delta, ni même à Phnom-Penh, d’autant que nous sommes en saison sèche et qu’il connait son niveau d’étiage. Néanmoins, même en basses eaux, il reste un fleuve puissant, impétueux, dangereux aussi. Il coule ici dans des vallées étroites, entre des chaines de montagnes assez hautes et couvertes d’une végétation touffue et serrée.

Les villages, aux maisons peu nombreuses, sont situés juste au-dessus du niveau des hautes eaux. En saison sèche, les berges découvertes par le fleuve sont occupées par des cultures denses et bien entretenues, à cycle court, comme des haricots, piments, maïs ou légumes.

Mais les bords du fleuve sont aussi le lieu de nombreuses autres activités. La pêche à l’hameçon se pratique à partir des rochers qui bordent la rive, et la pêche à l’épervier à partir d’une pirogue, dans les zones plus tranquilles du fleuve. Un peu plus loin ce sont des orpailleuses qui s’activent avec leur batée. De l’eau jusqu’à mi mollet, elles tamisent les sables et graviers des zones de dépôt des sédiments portés par le fleuve près d’un abri de fortune fait d’une toile tendue. L’utilisation du mercure pour précipiter les paillettes d’or participerait à contaminer le fleuve, mais aussi les orpailleurs.

« Il n’y en a pas lourd vous savez… Tout le long du fleuve, vous allez bien voir des indigènes qui secouent leurs batées, les pieds dans l’eau. Ils y gagnent de quoi vivre, probablement ; sans cela, ils ne le feraient pas ; mais ils ont si peu de besoins… »[1].

Sur l’autre rive, c’est un chantier naval qui est installé. On y fabrique ces bateaux si particuliers qui naviguent sur le fleuve, des barques très étroites et très longues (une trentaine de mètres). Entièrement couvertes d’un toit, elles servent d’autobus pour les Laotiens et de plus en plus d’autocar pour les touristes étrangers, avec des bancs latéraux pour les premiers, une allée centrale et un fauteuil de chaque côté pour les seconds. Bien souvent, l’arrière du bateau, où se trouve le moteur, sert également de maison pour le marinier et sa famille. Compte-tenu de la longueur du bateau, le pilote est placé à l’avant, afin de lui permettre de juger des courants et des tirants d’eau nécessaires.

En basses eaux, les rochers émergent dans le lit du fleuve et les bateaux sont obligés de s’insinuer entre les écueils en suivant les repères de béton du chenal. Les courants sont  très forts alors que la profondeur est faible, elle peut parfois être inférieure à un mètre, quand elle se situera dix à douze mètres plus haut lors de la mousson !

 « En suivant le regard de Kham, Morgat découvrit à quelques mètres au-dessus du niveau des eaux, une anfractuosité du rocher dont les indigènes avaient fait un temple (…). Des sculpteurs primitifs y avaient taillé à même la pierre des idoles naïves que tous les mariniers, pêcheurs et pilotes, adoraient au passage »[2].

Les deux grottes de Pak Ou renferment des milliers de représentations de Bouddha (elles seraient au nombre de quatre mille),de toutes tailles, de toutes matières, dans les différentes positions du Bouddha, debout, assis ou couché. Les grottes furent converties en temples bouddhistes au XVe siècle et accueillent toutes les représentations du Bouddha qui ne peuvent plus être vénérées dans leur temple d'origine. Nombreuses sont celles qui sont très endommagées, d’autres, plus récentes, reçoivent, en guise de marque de vénération de petites feuilles d’or accompagnant généralement la demande d’une faveur.

Lors des fêtes du nouvel an lao, les Laotiens se rendent en masse en pèlerinage jusqu'à Pak Ou, mais aujourd’hui, un jour ordinaire, ils sont néanmoins beaucoup plus nombreux que les touristes pour visiter et honorer les quatre mille bouddhas de Pak Ou.


[1] Louis-Charles Royer. « Kham, la laotienne ». 1935.