Gross mania, la Chancellerie, le stade olympique, Tempelhof – Toujours plus fou, la VolksHalle et l’Arc de Triomphe !  

 

Allemagne Berlin Germania

Dans l’histoire architecturale de Berlin, plutôt globalement déprimante, le troisième Reich ne pouvait que poursuivre, en les exagérant, les travers naturels de l’architecture prussienne. « Germania »,c’est le nom qu’Adolf Hitler avait donné à son projet de reconstruction de la nouvelle capitale du Reich allemand. Le principe de base était élémentaire : reproduire les bâtiments majeurs des capitales étrangères, Paris ou Rome notamment, mais en « plus grand », en beaucoup plus grand ! Le Kolossal est une faiblesse prussienne, mais on n'avait encore rien vu, le nazisme se promettait de faire bien pire.

Albert Speer, « premier architecte du Troisième Reich », produisit de nombreux plans et maquettes de la nouvelle capitale mais, ouf, seulement quelques-uns ont été réalisés : la Chancellerie du Reich, le stade des olympiades de 1936, l'aéroport de Tempelhof, le complexe administratif de la Fehrbelliner Platz, et l'ancien ministère de l'Air.

La Chancellerie, détruite après la guerre par les Soviétique, était organisée autour d’un vaste hall, deux fois plus long que la galerie des glaces de Versailles, le Führer se contentant d’un petit bureau ridicule de 400 m2. Quand les Alliés occupent Berlin en 1945, certains bureaux de la Chancellerie ne contenaient que des montagnes de Croix de fer ! Quant à l’aéroport de Tempelhof, il fut longtemps le plus grand bâtiment au monde (1,2 km !), rétrogradé aujourd’hui à la troisième place derrière le Pentagone et le palais de Ceausescu à Bucarest.

Mais cela n’était rien à côté des projets non réalisés de la future capitale du nouveau Reich. Le plan prévoyait, outre un renforcement de l’axe Est-ouest, constitué par l’avenue Unter den Linden, mais élargie pour permettre les défilés triomphants, de créer un nouvel axe Nord-Sud partant de la vaste esplanade située devant le Reichstag, l’actuel Bundestag.

L’immense place carrée devait avoir une superficie d'environ 350 000 mètres carrés (quatre fois la superficie de la Place de la Concorde). Ce carré était entouré du palais du Führer sur le côté Ouest, en face du Reichstag, de la Chancellerie et du haut commandement de l'armée allemande sur le côté Sud. Sur le côté Nord il était prévu de construire la pièce maîtresse du nouveau Berlin, la VolksHalle (Halle du Peuple), coiffée d’une coupole de 200 mètres de hauteur et de 250 mètres de diamètre (seize fois plus grand que le dôme de la basilique Saint-Pierre). Le bâtiment, haut de 320 mètres, devait pouvoir contenir 150 000 personnes ! Les dessins et maquettes de cette folie architecturale font apparaître le Reichstag, pourtant déjà assez énorme et mastoc (87 mètres), comme un monument ridicule, un appendice étrange dans cette vision titanesque. Enfoncé Schinkel et ses petits monuments pseudo gréco-romains ! En face, entre Chancellerie et Haut Commandement, s’ouvrait une allée triomphale, l’Avenue de la Victoire, de cinq kilomètres, aboutissant à un Arc de triomphe de plus de 100 mètres de haut (deux fois l’Arc de Triomphe de l’Etoile) et une grande salle construite à cheval sur la Spree. Le tout d’une architecture de boite de chaussures à côté de laquelle l’architecture soviétique peut apparaître d’une imagination baroque débridée.

Le projet nazi aurait complètement détruit la structure de Berlin, supprimant 50 000 logements et déplaçant 150 000 personnes, rasant parcs et jardins. Quelques « test » avaient été faits pour étudier si le poids des édifices pouvait être supporté par le sol sableux et marécageux : des blocs de béton extrêmement lourds, de plusieurs étages de haut, avaient été positionnés par les architectes. Il faut dire que les Berlinois pouvaient avoir quelques appréhensions après la démolition de la Tour des Monnaies, haute de 120 mètres, qu’il fallut abattre dès sa finition parce qu’une nappe de tourbe, qui gisait à 20 mètres de profondeur dans les terrains alluvionnaires, fut écrasée sous le poids de la tour qui se mit à pencher et menaça de s’effondrer. Mais indestructibles, eux, les blocs tests de béton sont toujours là. Les chercheurs estiment qu’avec la quantité de béton et de marbre exigée, Germania se serait enfoncée progressivement dans le sol en quelques années !

La guerre a heureusement interrompu les démolitions et les travaux dont l’inauguration était prévue en 1950 !

Liste des articles sur Berlin.

Télécharger le document intégral