Un Château sans grâce – Endommagé pendant la guerre il est détruit par la RDA

 

Allemagne Berlin Château des Hohenzollern

Voilà que les Berlinois se sont mis dans la tête de reconstruire le château des Hohenzollern !

En 1698, Andréas Schlüter, qui était un des architectes allemands du style baroque, fut nommé architecte de la cour. Il participa notamment à l’érection de l’ancien arsenal et il lui fut confié la transformation et à l’agrandissement du château. La Renaissance italienne, agrémentée d’ajouts baroques, servit de modèle à Schlüter pour le château, en s’inspirant notamment de la façade du Palazzo Madama de Rome. Oui, mais il ne suffit pas d’imiter le Palazzo Madama pour obtenir un résultat harmonieux. Le palais Madame est de taille modeste, avec trois étages et neuf fenêtres de rang en façade, enserré dans le tissu urbain, au milieu d’autres monuments de tailles, de formes et de styles variés, donnant tout son charme au vieux Rome.

Le château des Hohenzollern était, lui, de très grande taille, son extension par Schlüter ayant pour objectif de souligner l’importance du jeune royaume prussien par rapport aux autres Etats du Saint Empire romain germanique. La façade sur la Spree était près de 3 fois plus longue que celle du Palais Madame, agrémentée en sus, d’un portail monumental baroque en forme d’arc de triomphe (portail d’Eosander) détruisant l’harmonie régulière d’une façade pseudo renaissance. Les façades latérales étaient plus longues encore. Enfin, le château trônait solitaire au centre d’un espace bien dégagé, pour bien souligner sa monumentalité et signaler la puissance de la Prusse. Il n’avait pas l’aspect d’un Palais romain enserré dans le bâti urbain, mais plutôt celui d’une forteresse isolée en rase campagne !

« A Berlin et dans le Nord, les monuments sont des forteresses ; leur seul aspect serre le cœur »[1].

En sus, le pauvre avait été affublé, toujours sur la façade de la Spree, d’un énorme dôme, construit, semble-t-il, d’après un plan de Schinkel, et posé sur la chapelle du château qui pouvait ainsi accueillir jusqu’à 600 personnes. Le tout derrière le portail baroque d’Eosander. Cet énorme dôme, écrase de sa masse une façade qui n’était déjà pas très légère et aérienne, défigurant totalement l’ensemble pour en faire un de ces monuments pompiers que le XIXe siècle affectionnait tellement.

« Le seul trouble sur ces lieux d’abandon, c’est le dôme avec ses détails Renaissance : niches, halls, couronnement de coupole. Il occupe crânement le terrain, là où, jusque dans les années quatre-vingt-dix, il n’y avait encore qu’un dôme plus petit datant de l’époque de Frédéric II (…). Il est tout à fait superflu d’y pénétrer car, même à l’intérieur, cette structure gigantesque faite de vaine profusion, de matériaux et d’érudition mal employée, offense tout sentiment religieux et humain »[2].

Bref, extérieurement, ce château des Hohenzollern n’était pas vraiment une réussite : un truc hybride de différents styles avec pour seule homogénéité la recherche du monumental. Du moins avait-il pour lui quelques belles réalisations intérieures et des témoignages architecturaux d’anciennetés diverses.

Le château de Berlin subit, le 3 février 1945, d’importants dommages consécutifs aux bombardements alliés. Il brûla pendant quatre jours sans même que l’on tente d’arrêter l’incendie tant les bombardements étaient fréquents. Le 7 septembre 1950, le château fut détruit à l’explosif sur ordre de Walter Ulbricht puis, sur l’emplacement, sera construit le Palais de la République de la RDA.


[1] Alphonse de Chateaubriand. « Mémoires d’Outre-tombe ». 1849.

[2] Franz Hessel. « Promenades dans Berlin ». 1929.

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