« Checkpoint Charlie » - « Topographie des Terrors »

 

Allemagne Berlin Check point Charlie 5

« Check point Charlie » sur la Friedrichstrasse était un des points de passage entre les deux Berlin, entre zone d’occupation américaine et zone d’occupation soviétique. A partir du 22 août 1961, avec la construction du mur, ce poste frontière est réservé au passage des personnels des forces occidentales stationnées à Berlin pour se rendre à Berlin-Est. C’est bien évidemment de tous les points de passage celui où la mise en scène de la confrontation Est / Ouest fut la plus élaborée. Pensez donc, face à face, les défenseurs du monde libre et les libérateurs des peuples opprimés !

Du coup, à partir d’octobre 61, les uns et les autres s’offrirent une confrontation militaire à coup de symboles guerriers : d’un côté, des chicanes, des barbelés, des chevalets antichars, des policiers en armes, une automitrailleuse, de l’autre un char d’assaut au milieu de la rue, canon pointé sur ceux d’en face, et des GI’s armés jusqu’aux dents. Comme si les armées du Pacte de Varsovie allaient envahir l’Allemagne et la France, en passant par la Friedrichstrasse ! Il fallait du spectacle quitte à risquer, suite à un dérapage, de faire sauter la planète. Ce poste frontière doit son appellation à l’alphabet de l’OTAN. Les personnels des forces alliées stationnées en Allemagne disposaient de trois points de passage pour rejoindre le centre de Berlin : le « Check point A » (Alpha) à Helmstedt, qui était le point de passage de RFA en RDA, le « Check point B » (Bravo) à Drewitz, qui était le poste de passage de RDA à Berlin-Ouest et, enfin, le « Check point C » (Charlie), le poste frontière pour le transit de Berlin-Ouest à Berlin-Est. Si la tension était forte dans les années 60, aujourd’hui, le lieu est plutôt un grand cirque. Les immeubles ont été reconstruits, effaçant toute trace du mur et du no man’s land qui coupaient dramatiquement la ville. Seule subsiste la cabane en bois du poste frontière américain devant laquelle des personnes grimées, qui en soldat américain, anglais ou français, se font généreusement photographier contre rémunération, bien sûr. Une foule compacte vient s’y promener pour sentir un frisson sur les tragédies de l’histoire moderne. C’est seulement Disneyland.

Toute autre est l’ambiance à quelques centaines de mètres, dans un lieu dénommé « Topographie des Terrors ». Le site fut le siège de la police secrète nazie entre 1933 et 1945, la maison d’arrêt de la Gestapo et, à partir de 1939, le siège des Reichsführung-SS. Des bâtiments d’origine, il ne reste plus que les caves de la Gestapo où les prisonniers politiques étaient interrogés, torturés et exécutés.

« Le quartier général du SD, le Service de sécurité, que dirigeait Heydrich au numéro 102 de la Wilhelmstrasse avait un aspect extérieur inoffensif. Elégant même. A chaque extrémité d’une colonnade ionique se dressaient une loge de garde carrée d’un étage et une entrée voûtée permettant d’accéder à une cour intérieure »[1].

Une remarquable exposition de photographies et de textes explicatifs, en plein air, s’étire en sous-sol tout au long du couloir qui desservait les cellules. Elle ne néglige rien, ni des exactions de la Gestapo ni celles de l’armée nazie, ni des luttes de la Résistance dans les différents pays occupés. Une portion du mur, de 200 mètres, surmonte les anciennes cellules de la Gestapo montrant, ainsi sur un même site, deux niveaux de l’histoire contemporaine de la ville. Un centre d´information sur les crimes nazis devrait être édifié. Mais, décidé en 1989, la réalisation du projet a été plusieurs fois repoussée à une date ultérieure, et a déjà donné lieu à deux concours d’architecture. En 2008, les engins sont sur place et excavent le sol… Le futur musée, un parallélépipédique de verre recouvert d’un tissu de métal, pourrait être inauguré le 8 mai 2010, pour le 65e anniversaire de la fin du régime nazi. La résille de métal qui l’enveloppe doit permettre la transparence du bâtiment, de l'intérieur à l'extérieur, pour que puissent être vues, sur le terrain, les différentes couches historiques.


[1] Philip Kerr. « La pâle figure ». 1990.

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