Le quartier Napoléon - Le ministère de l’Air - Le quadrige de la Porte de Brandebourg

 

Allemagne Berlin Wilhemstrasse

A Berlin, toute destruction, modification, reconstruction ou appellation de bâtiment contient un enjeu symbolique souvent d’ordre international. Nous en avons déjà eu quelques exemples avec la destruction Palais de la République de la R.D.A et la volonté de reconstruction du château, la rénovation du Reichtag, la construction et les polémiques autour du Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe comme autour du centre d´information sur les crimes nazis, la démolition ou la sauvegarde du mur.

Un exemple parmi d’autres quoiqu'un peu ridicule : l’ancienne caserne « Hermann Goering » rebaptisée par les Français en « Quartier Napoléon » quand ils s’y installèrent en 1945 ! Faute d’avoir pu résister à l’invasion nazie de 1940, il fallut chercher dans les vieilles gloires nationales pour essayer de redorer notre blason ! Il eut été beaucoup plus pertinent de lui donner le nom d’un grand résistant, Jean Moulin par exemple.

Quelques pas dans la Wilhemstrasse après la « Topographie des Terrors », et l’on bute sur un autre exemple de monument à couches historiques multiples : le ministère des Finances, ex ministère de l’Air de Goering.

Construit entre 1934 et 1936, le bâtiment abritait 2 000 bureaux et était alors le plus grand bâtiment administratif de la capitale. Conçu pour résister à des attaques aériennes, sa structure en acier et béton armé lui a permis de traverser la seconde guerre sans trop de dégradations. C’est pourquoi, à la Libération, il fut réquisitionné par les Soviétiques pour y installer le siège de l’administration d’occupation. Le 7 octobre 1949, c’est dans ses locaux que fut signé l'acte de naissance de la RDA laquelle utilisa dès lors le bâtiment pour y installer ses ministères. De « magnifiques » fresques décorèrent le rez-de-chaussée, avec ouvriers et paysans au travail, réunion de savants, d’ingénieurs et d’ouvriers pour préparer les nouveaux succès du socialisme, jeunes gens et enfants souriants sous le drapeau rouge et marchant, l’air ravi, vers un avenir nécessairement radieux.

Lors de la réunification allemande, changement radical d’orientation ! Le bâtiment servira de siège à la Treuhandanstalt, c'est-à-dire l’organisme public de droit ouest-allemand chargé de la liquidation des biens de la RDA avec privatisation des entreprises et des coopératives publiques. Le bradage étant terminé, il abrite aujourd'hui le ministère fédéral des Finances ! Tout un symbole.

Autre cas très symbolique, celui du quadrige de la Porte de Brandebourg. Allégorie de la paix lors de son installation en 1794, il représente une femme sur un char (la déesse de la Paix), tournée vers le centre-ville (à l’Est) et brandissant une couronne de lauriers. Il est réinstallé sur la Porte de Brandebourg en 1814 après avoir été enlevé et exilé à Paris par les troupes napoléoniennes. Mais la déesse de la Paix est alors transformée en allégorie de la Victoire en brandissant désormais une croix de fer surmontée d’un aigle prussien aux ailes déployées ! Hitler aurait fait tourner le quadrige à 180°, vers l’Ouest, en direction des nouvelles allées triomphales qu’il envisageait de réaliser pour exprimer ses désirs de puissance et de conquête. Après la guerre et sa destruction dans les bombardements, la R.D.A réinstalle le quadrige en 1958, en direction du centre de Berlin-Est, comme autrefois, mais seulement avec sa couronne de laurier, retour donc à la déesse de la Paix. Après la réunification, nouvelle restauration du quadrige en 1991 mais, cette fois, avec la croix de fer et l’aigle prussien, retransformant la Paix en Victoire ! La symbolique paraît une nouvelle fois un peu revancharde. Est-ce une volonté de réaffirmer la puissance allemande en Europe et dans le monde, de la bêtise ou une absence de sens politique ?

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