Façade, couloirs, impostes, plafonds, tout ici trompe notre vision

 

Rome Trevi Palais Barberini 4

En remontant la via delle Quattro Fontane, à main gauche, une grille majestueuse composée d’atlantes colossaux, protège le palais Barberini (1629 / 1633). Il abrite la galerie d’Art ancien, créée en 1895, avec une remarquable collection de peintures provenant des collections Corsini, Torlonia mais aussi du Mont de Piété, ou l'achat de tableaux provenant d’autres collections : Sciarra, Chigi et Barberini.

Le palais a été commencé par Maderno sur un plan carré avec une cour intérieure. Son architecture a évolué ensuite vers une structure originale et inhabituelle pour un palais romain : ni un bâtiment rectangulaire, ni deux corps de logis successifs séparés par une cour, mais un corps central avec deux ailes, formant un H, mais un H avec une longue barre centrale et deux petits montants latéraux !

« Parmi la cinquantaine de palais aujourd’hui existant à Rome, le palais Barberini a belle allure. Si aujourd’hui il est enclavé parmi les constructions anarchiques, une gravure du XVIIIe siècle le distingue clairement en retrait et les deux ailes qui l’encadrent. Edifié en hauteur, il dominait l’endroit avec prestance et élégance »[1].

On attribue au Bernin la façade principale du palais avec ses trois niveaux superposés de loggias encadrées par des demi-colonnes et des pilastres, superposant les trois ordres, dorique, ionique et corinthien. A première vue, l’ensemble est de style Renaissance, très nettement influencé par la galerie du Belvédère au Vatican. Mais, en y regardant de plus près, le traitement des trois étages est différent. Le Bernin renforce les effets de perspective avec une profonde galerie en rez-de-chaussée et des fausses perspectives pour les arcades de la loggia fermée du dernier étage. Celle-ci dissimule en réalité deux étages ! En effet, les parties basses des trois hautes fenêtres centrales de ce qui apparaît comme une loggia fermée éclairent, derrière la façade, le grand salon du premier étage ! L’objectif de l’architecte était de proposer un salon central de très grand volume, éclairé par deux niveaux d’ouvertures, tout en conservant une façade parfaitement régulière, composée de trois étages d’égale hauteur. Cette solution permet également d’accentuer l’effet d’élévation de l’édifice en évitant d’en tasser la perspective avec deux étages supérieurs de hauteur réduite.

Les effets de perspective sont également accentués au rez-de-chaussée à la fois par l’exagération des lignes de fuite des saillies des pilastres et des chapiteaux, mais aussi des hauteurs des murs du passage qui traverse le palais : le sol du corridor monte, son plafond s’abaisse et ses murs latéraux se resserrent progressivement.

Ce passage traversant du rez-de-chaussée débouche dans un jardin à l’arrière du palais, jardin dont le sol, plus élevé, est situé au premier étage de la façade. Pour accentuer encore les effets visuels et donner plus de profondeur au jardin, dans la façade de l’édifice qui le clot, est placée une niche monumentale, comme s’il s’agissait d’un mur de fond de scène.

Dans le palais, les mêmes effets de perspective sont utilisés sur les chambranles des portes et leur encadrement de pilastres, par une accentuation des lignes de fuite des saillies pour créer à chaque fois des effets de profondeur. En fait, Le Bernin, tout en faisant référence aux canons et aux règles architecturales de la Renaissance, les enrichit, les complexifie, jouant des effets dynamiques de la perspective.

La peinture du plafond du grand salon joue également sur les illusions d’optique. C’est une œuvre de Pierre de Cortone (1596 / 1669). La fresque représente, au centre, le triomphe de la Divine Providence sur le Temps. Les armes de la famille Barberini sont couronnées d'étoiles par l'Immortalité, le tout sur un fond de ciel pour créer un mouvement ascendant. Dans les quatre coins du plafond, apparaissant être des sculptures monumentales supportant une voûte courbe, la représentation des vertus d'Urbain VIII, sagesse, piété et sens politique. Il s’agit en réalité de peintures traitées en gris, faisant apparaître de faux reliefs, mélangeant ainsi artificiellement peinture et sculpture, et ne permettant plus de reconnaître le vrai du faux !