Le carrefour des quatre fontaines - Une œuvre majeure de Borromini -  Un adorable petit cloître

 

Rome Trevi San Carlino

Le grand axe Nord-ouest / Sud-est, rue des Quatre Fontaines et rue Sistina, tracé par Sixte V coupe perpendiculairement un autre axe routier, percé trente ans auparavant par Pie IV, en 1561, la via del Quirinale et via XX settembre, autrefois via Pia qui reliait le palais papal à la porta Pia. La volonté du pape était d’étendre la ville en direction de l’ancien Champ de Mars, à l’Est, sur des terrains non bâtis, occupés par des villas et des jardins.

Le plan de Rome de Nolli, de 1748, montre que toutes ces zones sont encore en phase d’urbanisation. La partie de la via Pia (actuellement via XX Settembre) étant encore sans construction entre les thermes de Dioclétien et la Porta Pia. Il faut dire que Rome avait connu une sérieuse crise d’amaigrissement et que la ville flottait littéralement dans son vêtement, beaucoup trop grand pour elle, de l’enceinte d’Aurélien. A peine en occupait-elle le quart. De un à deux millions d’habitants dans la Rome antique, voire plus selon les estimations, il n’en restait plus que 55 000 au recensement de 1526, et certainement pas beaucoup plus du double à la période baroque.

« Quoi de mieux entendu que cette croisée à angles droits de quatre rues tirées au cordeau qui donnent, de tous les côtés, une enfilade à perte de vue, depuis la Trinité-du-Mont jusqu’à Sainte-Marie-Majeure, et depuis la porte Pia jusqu’à Monte Cavallo ? (…) Les angles du carrefour sont rabattus et forment quatre jolies fontaines ornées de statues dans des niches »[1].

Les fontaines furent placées aux encoignures des rues, sur des pans coupés, à la fin du XVIe siècle. Chacune représente un personnage allongé ; les deux statues masculines représentent les fleuves Tibre (avec la louve) et l'Arno, divinisés, les deux statues féminines représentent Junon (déesse protectrice de Rome) et Diane (symboles de la fidélité et de la force). Les dessins de trois des fontaines est de Domenico Fontana, la quatrième, celle du côté du palais Barberini, est de Pierre de Cortone. Dommage que l’étroitesse des voies et la dense circulation automobile ne permettent que difficilement de les admirer. Mais revenez la nuit… la circulation est alors sporadique et le carrefour des quatre fontaines devient un lieu magique.

Située dans le rione de Monti, San Carlo alle Quattro Fontane (pour les Romains, affectueusement : « San Carlino ») est la dernière œuvre de Borromini. La première impression est généralement d’étrangeté tant la façade paraît torturée, étroite et toute en hauteur, dominée par un étrange médaillon ovale. Toutefois, je ne peux m’empêcher d’admirer comment Borromini a réussi à faire une œuvre aussi magistrale dans un endroit aussi restreint et mal foutu, un angle de rues étroites sans perspectives.

Les deux étages séparés par un fort entablement, agrémentés de colonnes corinthiennes, délimitent verticalement trois parties dans un mouvement général convexe / concave de la façade. Entre les colonnes, de plus petites, encadrent la porte centrale et des fenêtres ovales au premier niveau, des niches et une fenêtre centrale au second. Elles supportent également des médaillons et des niches avec des sculptures.

L’église est coiffée d’une coupole en ellipse, sur tambour, et surmontée d’un petit temple octogonal couvert lui-même d’une curieuse toiture faite de disques à redents, superposés et de tailles décroissantes. L’intérieur est tout aussi inventif que la façade avec sa coupole à caissons de stucs cruciformes et carrés dont la taille se réduit pour renforcer l'lllusion de la profondeur. La voûte est éclairée par des fenêtres situées directement au dessus de l’entablement, créant l’illusion d’un dôme qui flotte au dessus de la nef.

N’hésitez pas à franchir la porte située à la droite de l’autel pour aller dans le cloître. De toute petite dimension, il est néanmoins agrandi par la scénographie qui fait alterner des arcades circulaires avec d’étroites ouvertures rectangulaires à corniches horizontales avec, en angles, des formes convexes par rapport à la cour. Les colonnettes de la loggia sont tout à fait originales, en formes de gouttes triangulaires, avec inversion des parties hautes et basses. Une merveille d’invention.