Une œuvre majeure du Bernin – La sacristie – La chapelle de Stanislas Kotska

 

Rome Trevi San'Andrea al Quirinale 2

Sant’Andrea al Quirinale (1658 / 1670), située également dans le rione de Monti, a été bâtie pour la Compagnie de Jésus. C’est une œuvre pour laquelle Bernini aurait toujours manifesté quelque complaisance. Il la considérait, dit-on, comme son chef d’œuvre. Les deux édifices, San Carlino et Sant’Andrea, constituent peut-être le summum de l’art baroque.

Sant’Andrea a une façade sobre, au centre de laquelle un portique encadré de deux massifs pilastres d’ordre géant est surmonté d’un fronton triangulaire. Ce portique, très palladien dans ses formes, est précédé d’un pronaos en saillie, semi-circulaire, appuyé sur deux colonnes rondes, aux plinthes et chapiteaux placés de biais,  souligné par un large escalier de trois marches semi-circulaires. Ce porche aux formes arrondies casse et adoucit la rigueur des lignes droites du portique.

La disposition de l’édifice reprend celle de Sainte-Agnès de la place Navone (1653 / 1657), une œuvre de Borromini. A savoir un édifice de forme ovale placé parallèlement à la rue. En conséquence, l’entrée et l’autel sont situés en opposition sur le plus petit axe. Sur cette nef ovale s’ouvrent des chapelles semi-circulaires. L’autel est lui-même situé dans une niche circulaire, éclairée par une coupole zénithale cachée. La nef est couverte d’une vaste coupole à nervures et caissons. La richesse du décor, où alternent pilastres cannelés et ouvertures à arcades semi-circulaire des chapelles, est soulignée par les marbres roses des murs, les marbres polychromes des sols et la dorure de la coupole. Ajoutez à cela une profusion d’angelots joufflus voltigeant dans la coupole, lesquels angelots ajoutent un élément de « perturbation » dans un ensemble qui est d’une très grande rigueur dans l’équilibre et la complémentarité des formes.

A Sant’Andrea al Quirinale, comme à San Carlo alle Quattro Fontane, il ne faut pas hésiter à aller dans les coins ! Au fond à droite, un couloir mène à une petite pièce où un gardien surveille, par vidéo, les allers-et-venues des visiteurs et vend quelques cartes postales et souvenirs. Mais, désormais (2014) il est aussi chargé de vous vendre des billets d’entrée, à un prix très modeste, pour la visite de la sacristie et de la pièce qui abrite les reliques de Stanislas Kotska.

Le décor de la sacristie est d’une richesse impressionnante. Boiseries sombres sur les murs avec pilastres, colonnes, colonnades, puis une décoration du haut des murs et du plafond toute en trompe-l’œil avec médaillons, cartouches, draperies, guirlandes de fleurs, anges et putti virevoltants. Les fresques du plafond de la sacristie auraient été dessinées par le Bernin (et son atelier ?). Le tableau de la sacristie, « L’Assomption de Marie » est une œuvre du frère jésuite Andrea Pozzo (1642 / 1709), géomètre, architecte et peintre, spécialiste des perspectives en décoration murale.

Au premier étage, vous pouvez accéder à la pièce dans laquelle est décédé Stanislas Kotska (1550 / 1568). Celui-ci appartenait à une famille noble, catholique, de Pologne. A 14 ans, il est envoyé au collège jésuite de Vienne où il fait preuve d’une grande piété. Malgré l’opposition de son père, en 1567, il décide de devenir novice dans la Compagnie de Jésus, un nouvel ordre fondé en 1540. Il s’échappe, à pied, faire son noviciat à Rome où il meurt peu de temps après. Stanislas Kotska est le premier jésuite à être béatifié en 1602 et canonisé en 1726[1]… un temps où la Compagnie de Jésus était en pleine ascension de sa puissance. Une sculpture en marbre polychrome (1700), de Pierre Legros, représente, en taille réelle, le jeune homme mort, couché sur son lit. Son habit, celui des novices de la Compagnie, est en marbre noir. La tête, les mains, les pieds et les oreillers sont en marbre blanc ; la couverture du matelas est en marbre jaune de Sienne. L'effet est réaliste. « Ne dirait-on point qu’il dort ? »[2]

La balustrade d’argent qui entourait la sculpture, ainsi que toutes les richesses de l’église, ont été pillées par les soldats français du général Bonaparte lors de l’occupation de Rome en 1798.


[1] Pour les incultes, comme moi : « Les deux actes de béatification et de canonisation se distinguent par le degré d'extension du culte public. Celui du bienheureux est limité à une zone prévue par le Saint-Siège. Celui de saint est autorisé voire prescrit partout dans l'Église universelle ». Conférence des Evêques de France.