Le pavillon de l’Aurore et la peinture du « Guide » (Guido Reni)

 

Rome Trevi Palais Rospigliosi L'Aurore Guido Reni

 

En descendant de la place du Quirinal, vers le forum de Trajan, vous longez à gauche le mur du palais Rospigliosi-Pallavicini. Il a été construit par Flaminio Ponzo et Carlo Maderno en 1611 / 1616 pour le cardinal Scipion Borghèse, neveu du pape Paul V, qui souhaitait être logé au plus près du palais papal du Quirinal. Il occupe le site des thermes de Constantin. En 1641, le palais fut acheté par le nouveau premier ministre de Louis XIV, le cardinal Giulio Mazzarino (Jules Mazarin) mais celui-ci n’y vécut jamais[1]. Le palais a servi en tant qu'ambassade française avant que celle-ci ne soit transférée au Palais Farnèse.

Le pavillon dit « de l’Aurore » est installé dans les jardins du palais. Il ne peut se visiter que le premier jour de chaque mois, mais gratuitement ! Ce « petit » pavillon de jardin est situé en hauteur, compte-tenu du différentiel d’altitude sur la colline. On y grimpe par un bel escalier en colimaçon qui débouche sur un jardin suspendu agrémenté d’une verte pelouse, d’une fontaine et de grands arbres. Il est composé d’un salon central, tournant le dos à la rue et ouvert sur le jardin, flanqué d’une salle en avancée à chacune de ses extrémités.

La façade du salon est composée comme un arc de triomphe : haute porte centrale surmontée d’un arc en plein cintre supporté par des colonnes, séparé par des pilastres des deux portes latérales, plus basses, couvertes de linteaux droits. Au dessus de ces portes latérales, l'architecte Vasanzio a intégré des parois de sarcophages romains des IIe et IIIe siècles illustrant des récits mythologiques.

Sur le plafond du pavillon central, on peut observer la fresque de Guido Reni « Apollon guidant le char du Soleil et précédé d'Aurore » (1614 / 1616) que Stendhal considérait comme « la plus intelligible des fresques »[2]… à condition d’avoir un miroir pour pouvoir la regarder aisément, sinon torticolis garanti ! Apollon, enveloppé de nuages et drapé d’un manteau gonflé par le vent, conduit le char du soleil tiré par quatre chevaux, soleil qui apporte progressivement la lumière du jour. L'Aurore précède le char du soleil, toute nimbée de lumière.

« L’Aurore avec ses doigts de rose, précédant le char du soleil entouré des douze heures, précédée elle-même par un petit génie, tenant une torche qui représente le crépuscule, ou, si vous voulez, la belle étoile matinière. Rien de mieux inventé, de plus gracieux, de plus léger, ni de mieux dessiné ; c’est un incanto »[3].

C’est joli, coloré, dynamique, en un mot, élégant… comme un bel exercice de style mais cela me laisse assez froid ! Comme si la révolution picturale du Caravage (1571 / 1610) n’avait pas eu lieu, comme si l’on s’acheminait avec cette fresque vers le classicisme puis l’académisme. Les deux salles latérales peuvent aussi se visiter, paraît-il, mais sur rendez-vous, hors ouverture publique mensuelle du salon central.


[1] Comme chacun sait Mazarin avait accumulé une fortune considérable grâce à ses différentes charges, ses spéculations sur les fonds d’Etat, les monnaies et les fournitures aux armées. C’était, hélas, des pratiques plus que courantes à l’époque… Rappelons toutefois que, par testament, il légua toute sa fortune au Roi !

[2] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[3] Président De Brosses. Lettres d’Italie. 1740. Incanto : charme, enchantement.

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