La colonne de Trajan - Santissimo Nome di Maria - Santa Maria di Loretto

 

Rome Trevi colonne trajane 2

« La rue faisait de nouveau un coude brusque, lorsque, dans l’angle, une trouée de lumière se produisait. C’était, en contrebas, une place blanche, comme un puits de soleil, empli d’une aveuglante poussière d’or ; et, dans cette gloire matinale, s’érigeait une colonne de marbre géante, toute dorée du côté où l’astre la baignait à son lever, depuis des siècles »[1].

Au virage de la rue du 4 Septembre, par un grand escalier, vous débouchez sur la place de la colonne Trajane.

« Le sol s’est tellement exhaussé par la succession du temps, qu’il excède aujourd’hui le dessus de la base de la colonne. On a creusé tout à l’entour jusqu’à l’ancien sol pour mettre la base à découvert et pouvoir faire usage de la porte qui y est pratiquée, par laquelle on monte au-dessus de la colonne, au moyen d’un escalier tournant ménagé dans l’intérieur du fût »[2].

Au Nord de la place, le sol est resté à son niveau du XVIIe siècle, de plein pied avec les deux églises qui y ont été construites. Côté forum, au contraire, le sol a retrouvé son niveau antique deux mètres plus bas. On peut penser que l’exhaussement du sol devrait permettre de mieux voir les sculptures du fût, d’autant que la taille des personnages est plus grande quand ils sont situés plus haut, mais ce n’est pas évident et il est préférable de venir avec une paire de jumelle.

La colonne est composée de dix sept blocs circulaires, en marbre de Paros, empilés les uns sur les autres et reliés, entre eux, par de petites mortaises de cuivre. Cette méthode de construction utilisant des blocs empilés reliés par des mortaises de métal est également utilisée dans la construction des minarets des mosquées ottomanes.

« …ils creusaient dans le bloc du dessous une petite mortaise carrée, profonde d’environ quatre pouces, et scellaient dans le bloc du dessus une fiche de bronze carrée, profonde d’environ quatre pouce qui était de même infixée de quatre pouces de profondeur et faisait saillie d’autant pour entrer dans la pierre du dessous ? Ils appelaient ces pierres le mâle et la femelle, les accouplant ainsi pour un coït permanent »[3].

Ces blocs de marbre sont évidés pour permettre d’inclure un escalier dans la colonne. La statue du sommet, représentant Saint-Pierre, a bien évidemment remplacé la statue de l’empereur !

Dernière la colonne Trajane deux belles petites églises à dôme. La plus grande des deux, Santissimo Nome di Maria, a été construite en 1736, sur les plans de l'architecte français Antoine Derizet, en reconnaissance de la seconde victoire de 1683 sur les Turcs, à Vienne. Ceci explique qu’y apparaisse l’emblème du Saint-Empire, l’aigle à deux têtes avec la double couronne d’Autriche et de Hongrie. La seconde, Santa Maria di Loretto, légèrement plus petite, a été construite en 1507 par Antonio de Sangallo le jeune pour la guilde des boulangers de Rome. Il est intéressant de comparer les deux églises car, sous des caractéristiques voisines, une vaste coupole à tambour, posée sur une base carrée, elles représentent parfaitement deux époques de l’architecture. Dans l’une, Santa Maria di Loretto, de la Renaissance, prédominent les lignes droites, pilastres et angles droits. Dans l’autre, Santissimo Nome di Maria, de la période baroque, se mêlent lignes courbes et droites, pans coupés, demi-colonnes et frontons brisés…

Il est possible de retourner à la fontaine de Trevi par la via della Pilotta. Si c’est l’heure du repas, ne manquez pas le restaurant « Le Lanterne » situé dans les anciennes écuries du Palais Colonna : cadre agréable (malgré la musique !), carte intéressante, cuisine fine et prix modéré.

 

Rome, Montpellier, Senlis, 2002 / 2017


[1] Emile Zola. « Rome ». 1896.

[2] Président De Brosses. Lettres d’Italie. 1740.