La Fenda de Tundavala - Le désert et le port de Namibe

 

Angola Lubango La-fenda-de-Tundavala

Au Nord-ouest, le plateau de Lubango surplombe les plaines de Bibala par un à-pic de près de mille mètres formant une muraille abrupte de plusieurs dizaines de kilomètres de long. Quelques replis en brisent brutalement la continuité, comme la « Fenda de Tundavala ». La fente, d’une dizaine de mètres de large, plonge vers la vallée où l’on aperçoit, tout petit, comme d’un avion, les routes, champs et villages.

C’est en contrebas, entre Bibala et Quilengues, que l’écrivain angolais, Pepetela, situe la naissance d’Alexandre Semedo, le personnage central de son roman « Yaka ». Son héros, né à la fin du siècle dernier, au cours d’un formidable voyage, de la Serra da Chela à Benguela, dans un chariot Boers tiré par vingt bœufs. Alexandre Semedo traversera toute l’histoire du pays, jusqu’à son indépendance, en 1975[1].

Il y a quelques années, au début de la guerre civile, la fenda servait aussi de lieu d’exécution en précipitant les indésirables du haut de la falaise... Le sol est encore jonché de douilles et, au long de l’escarpement, on peut encore y voir un cadavre accroché à un arbuste par la ceinture de son jean.

Plus à l’Ouest, une route en lacets, de dix-sept kilomètres, se précipite de la Serra da Chela vers le pays cuvale par un dénivelé de mille cinq cents mètres. Le voyageur passe ainsi du bush à une forêt de type méditerranéen, piquetée de baobabs, où chantent les cigales pour atteindre un petit marché en bord de route, arrêt quasi obligatoire pour les rares véhicules qui passent ici. C’est que jusqu’à Namibe il n’y aura quasiment plus âme qui vive.

« Autour de nous, la praça[2] vit au rythme des passages. Tout le monde se tient prêt dès qu’une voiture apparait – surtout si elle fait mine de ralentir. Et, quand arrive l’autobus régulier qui assure la liaison Namibe-Lubango, c’est la bousculade. A qui vendra ses beignets, son manioc bouilli, ses gazosas, ses chewing-gums. Le chiffre d’affaire d’une journée tient dans ces quelques minutes que dure l’arrêt »[3].

Il reste en effet cent cinquante kilomètres pour descendre les cinq cents derniers mètres d’altitude et atteindre la mer et la ville de Namibe en voyant se succéder une savane herbeuse, et enfin un désert de cailloux.

La route file toute droite, dans la caillasse et la poussière, accompagnée, à droite, par la voie du chemin de fer « Namibe – Lubango – Menongue » et son cortège de fils télégraphiques, voie sur laquelle ne circulent plus aucun train. Parfois, une cabane en planches et une citerne d’eau indiquent une station qui aurait pu servir de cadre à un western de Sergio Leone... Rappelez-vous, les premières images de « Il était une fois dans l’Ouest » : dans une petite gare perdue dans la vaste plaine américaine poussiéreuse trois tueurs attendent leur future victime qui doit descendre du prochain train.

A Namibe, c’est la fête : un podium a été installé sur la plage et diffuse ses décibels à plein pot. Une course de motos traverse les rues de la ville, mélangeant gros cubes et mobylettes parmi ses participants. Tout juste s’il n’y a pas aussi des vélos !

A la sortie Sud de la ville, vers les plages et les salines, la route longe une base de missiles antiaériens. Installée par les Russes, elle devait assurer l’interception des avions sud-africains qui appuyaient les armées de l’U.N.I.T.A. Les grillages d’enceinte ont disparu, les miradors s’effondrent, les rampes de missiles rouillent avec leur chargement de fusées, les containers des missiles sont ouverts, des files de véhicules finissent de perdre leurs roues, les batteries antiaériennes et les radars sont abandonnés sous leurs filets de camouflage. Combien a coûté cette décharge de matériel sophistiqué ? Qui a payé cette installation et ses engins ? Et qui doit encore assurer le remboursement des emprunts effectués pour se payer ces équipements ?


[1] Pepetela. « Yaka ». 1988.

[2] Praça : marché.

[3] Sébastien et Thomas Roy. « Fragments d’Angola ». 2006.

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