La convocation du concile - Un début des plus modestes - Des conséquences majeures pour l'architecture

 

Trente Concile

Le 2 juin 1536 est publiée la bulle d'indiction, « Ad Dominici gregis curam », du pape Paul III Farnèse (1534 / 1549), qui fixe l'ouverture d’un concile œcuménique à Mantoue le 22 mai 1537.

Martin Lüther, dans la « Querelle de Leipzig »[1], en 1518, aurait souhaité la tenue d’un concile afin d'arbitrer son conflit avec la papauté sur le commerce des indulgences et les pratiques du Haut clergé. Dans son esprit, le concile était l’instance la plus élevée de l’église chrétienne, au dessus du pape. Les Pères conciliaires avaient d’ailleurs affirmé la supériorité du concile sur le pape au cours du concile de Constance (1414).

On comprend que, dans cette situation, le pape Clément VII Médicis (1523 / 1534) n’était pas trop pressé de réunir un concile d‘autant qu’il avait aussi à défendre ses pouvoirs temporels face à Charles Quint dont les troupes avaient pillé Rome en 1527. Lequel Charles Quint était lui-même dans une position délicate, les États protestants du Saint-Empire romain germanique revendiquant la tenue d’un concile allemand. De toute façon, les guerres d’Italie entre Charles Quint et François Ier rendaient impossible toute réunion d’un concile jusqu’à la paix de Nice de 1538.

Finalement re-convoqué le 22 mai 1542, à Trente, le concile ne débutera qu’en décembre 1545 par suite de la reprise du conflit en Italie entre l’empereur et le roi de France et la signature d’une nouvelle trêve à Crépy-en-Laonnois, en 1544. Étalées sur dix-huit ans, ses vingt-cinq sessions couvrent cinq pontificats (Paul III, Jules III, Marcel II, Paul IV et Pie IV) et se tiennent dans trois villes différentes (Trente, Bologne et Parme) ! Trente ne fut évidemment pas choisie au hasard. Par la route du Brenner, elle permettait la venue des représentants allemands, tout en étant à proximité des villes italiennes et en étant situé en territoire épiscopal ! Elle était une ville « italienne parmi les allemandes et allemande parmi les italiennes ».

Lors de la séance d'ouverture, l’assemblée est plutôt maigre : trois légats, quatre archevêques, vingt évêques, le procureur de l'archevêque de Mayence et cinq généraux d'ordres. La France ne daigne y envoyer que trois évêques. Calvin plaisantera à ce sujet : « si c'estoit seulement un synode provincial, ils devroyent avoir honte de se trouver si peu ». Les 3 et 4 décembre 1563 se tient la séance de clôture dans la cathédrale Saint-Vigile de Trente. Archevêques et évêques y sont beaucoup plus nombreux puisque 220 prélats signent l'acte final. Le concile ne sera pas celui de la réconciliation de l’église chrétienne comme certains l’espéraient, mais au contraire celui de l’affirmation de la doctrine de l’église romaine face à celle des protestants : doctrine du péché originel, culte des saints et des reliques, dogme de la transsubstantiation, célibat des prêtres…

Mais ce qui nous importe, c’est que la réforme liturgique suscitée par le concile de Trente va avoir des conséquences majeures dans l’évolution de l’architecture religieuse ! La volonté que les fidèles participent à la liturgie entraîne la suppression du jubé[2], le remplacement des églises à trois nefs par des églises à nef unique plus favorable à la participation liturgique, le développement de la décoration afin de participer à l’éducation religieuse… ouvrant ainsi la voie à l’architecture baroque.

 « Les églises rectangulaires qui se construisent alors, sur le modèle des basiliques anciennes, sont des outils pour un combat difficile. Elles permettent à tous les fidèles de voir le maître autel, d’entendre la voix du prédicateur (dont la tribune est placée, à cet effet, au milieu d’un des longs côtés), de suivre la messe en lisant leurs missels, car l’église sans vitraux est inondé de lumière blanche, surtout par les hautes lucarnes de la coupole. Elle est inondée aussi de musique, mais orchestres et chanteurs sont dissimulés dans les galeries pour ne pas divertir l’attention des fidèles. (…) Sur les murs, sur les voûtes des fresques dont le style vise avant tout à frapper les sensibilités, affirment le culte des saints, le triomphe de la Vierge, les beautés du Paradis. Tout est calculé. De vrais théâtres en somme, mais qui enseignent »[3].


[1] Léon Cristiani. « Luther et la Faculté de théologie de Paris ». Revue d'histoire de l'Église de France. 1946.

[2] Jubé : cloison ornée séparant la nef du chœur.