Un palais entre gothique et Renaissance - Les fresques de Fogolino - L'accueil des pères conciliaires

 

Trente Via-Bellanzani-Palazzo-Geremia-2

Le palais Pona-Geremia a été construit au XVe et au début du XVIe siècle, commandé par Giovanni Antonio Pona, dit Geremia (Jérémie) issu d’une famille de Vérone, et sa femme Elizabeth Calepini. L'édifice est exemplaire car il marque la transition entre les styles gothique tardif, à l'intérieur du bâtiment, et de la Renaissance, qui domine l'extérieur.

Le palais se compose de trois corps distincts[1]. Le premier est positionné sur la via Belenzani (autrefois, via Larga… soit, la rue principale !) ; par un grand hall d’entrée avec plafond à caissons et comprenant un large escalier, il ouvre sur une cour où est situé un second bâtiment parallèle. Le troisième est plus modeste qui donne sur le jardin du palais.

La façade du palais sur la rue est décorée de fresques attribuées, elles aussi, à Marcello Fogolino. L’une d’elles, au premier étage, représente des personnages qui discutent autour d'une table dont certains sont habillés de la robe rouge des ambassadeurs vénitiens. Elle fait référence à la conférence (1533 / 1535) qui avait été convoquée pour régler les différends de frontières entre Venise et l'Empire. Au troisième étage, les fresques représentent des personnages, grandeur nature, accoudés à des balustrades, qui regardent le spectacle de la rue et qui accueillent Maximilien d’Autriche lequel, selon la tradition, aurait été hébergé dans le palais. De chaque côté de la porte d’entrée, des soldats gigantesques sont en faction.

La famille Geremia a vécu dans le palais pendant plus de trois siècles. Elle participait activement au gouvernement de la ville avec le titre de consul. Les armes de Pona Geremia, composées d’un bras armé d'un poignard, apparaissent sur la façade et dans les pièces intérieures, accompagnées des emblèmes héraldiques des familles du Trentin : Prato, Calepini, Mirana, Galasso, Firmian.

Bien entendu, pendant le concile de Trente, le palais abrita de hauts dignitaires ecclésiastiques. Au cours de la troisième phase du Concile (1561 / 1563) le cardinal de Milan, Ludovico Simonetta, fut nommé légat du pape par Pie IV. Il était accompagné d’un cortège de soixante deux personnes et seize chevaux qu’il fut bien difficile d’héberger ; ce qui nécessita des aménagements intérieurs dans le palais. Mieux même, afin de permettre à ces hautes personnalités du concile de se rencontrer facilement, sans devoir se mêler à la populace, des ponts de bois avaient été construits dans les rues de Trente, entre palais voisins ! Cela permettait de faire des visites et des conférences discrètes… des conciliabules, en quelques sortes. A la fin du concile, l’ampleur de ces passerelles était telle qu’elles s’étendirent jusqu’à l’église Santa Maria Maggiore, située deux rues parallèles plus loin, laquelle accueillit les réunions de cette troisième période du concile.

Après l’extinction de la famille Geremia, le bâtiment fut utilisé à des fins diverses. Au XIXe siècle, il accueillit le siège du « Circulo sociale » (Cercle social) qui réunissait les notables de la ville puis, au XXe, successivement la Banque d’Italie, le ministère de l’Education et enfin le commandement de la police locale ! C’est aujourd’hui un bâtiment qui héberge des services de la municipalité de Trente et le siège du conseil de la ville après une dernière rénovation en 1993.

Madonna di Campiglio, Montpellier, juillet / septembre 2012.


[1] Aldo Gorfer. « Città del concilio. Ambiance, storia, e arte di Trento e dintorni ». 2003.

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