Un appétit consumériste - Le Zagreb de la représentation - Un carrefour entre mondes germanique et latin

 

Croatie Zagreb baroque

Après une brève installation, une nouvelle plongée dans le centre-ville confirme la première impression d’attirance des Zagrebois pour une consommation exacerbée, ou d’envie de consommation, encore que nombre d’entre eux ont manifestement fait des achats s’il faut en croire les sacoches en papier et les sachets plastiques qu’ils exhibent.

Quelques coups d’œil dans les vitrines des magasins permettent de constater que les produits offerts sont très voisins des nôtres, qu’ils sont même généralement ceux proposés par les enseignes d’Europe occidentale ou des Etats-Unis et que les prix convertis en euros sont bien évidemment similaires. Beaucoup plus intéressant est le spectacle de la rue.

Dans le centre-ville, si les rues sont piétonnes, elles sont envahies par les terrasses de café, elles-mêmes prises d’assaut par les clients, généralement en groupes familiaux ou d’amis, qui se retrouvent, discutent avec animation, s’interpellent bruyamment. Le tout dans un décor urbanistique commun à celui de l’Europe centrale. Ainsi, tout un chacun peut se représenter Zagreb, un samedi en début d’après-midi ! Vous prenez le décor général d’une petite ville autrichienne ou d’Allemagne du Sud ; vous complétez avec des façades défraichies et des peintures qui s’écaillent ; enfin, vous animez le décor par des groupes d’Italiens en goguette, parlant haut, avec forces démonstrations gestuelles.

Abandonnons le centre ville aux délices du consumérisme individualisé pour s’intéresser au Zagreb de la représentation sociale. En 1867, suite à la pression démographique qui a fait passer la ville d’une quinzaine de milliers d’habitants en début de siècle, à 60.000 au moment où arrive le chemin de fer, Zagreb se dote d’un nouveau plan d’urbanisme. La ville nouvelle est composée d’immeubles de quatre à cinq étages, parfaitement alignés le long d’avenues rectilignes. Sur une trame quadrangulaire, les édiles placent aux endroits clefs les édifices qui manifestent la fonction de capitale régionale de Zagreb : théâtre, musée, université. Et, dans un souci louable d’hygiénisme, ils ont l’intelligence de créer de vastes espaces verts agrémentés de pelouses, massifs de fleurs, fontaines, kiosques à musique. C’est un lieu de promenade pour personnes âgées, mères de famille avec enfants et pour amoureux.

Deux heures plus tard, de retour en centre-ville, plus personne ! A seize heures, les tramways sont vides et circulent bruyamment dans des rues désertées ! Les magasins ont tiré leurs rideaux et les chalands sont repartis dans leurs immeubles de banlieue. Plus personne aux terrasses des cafés, si ce n’est quelques personnes âgées, attardées ou oubliées là.

Mais une nouvelle vague de promeneurs (ou les mêmes ?) déferle à partir de dix-neuf heures sur la place du « Ban Jelačić » et la rue principale « Ilica ». C’est l’heure de la « passegiata », en famille plutôt dans l’Ilica, en couples ou groupes de jeunes sur la place. D’une ville à l’autre, les pratiques sociales se ressemblent : l’horloge de la place - une bien ordinaire et quelconque horloge contemporaine - est manifestement le lieu de rendez-vous consacré des zagrebois, comme la place Saint Michel à Paris. Un peu plus loin, dans la fontaine moderne qui marque l’emplacement probable de l’ancien fossé de la vieille ville, il est de coutume de lancer de menues pièces de monnaie, par-dessus son épaule en se retournant, tout en faisant un vœu bien sûr, comme à la fontaine de Trevi ! Ajoutez à cela qu’il est de bon ton d’aller lire le journal en dégustant un chocolat au « Gradska Kavana », l’un des plus vieux cafés de la ville, comme à Vienne.

Finalement, ces trois références rendent assez bien compte de l’atmosphère de la ville : un urbanisme inspiré du Paris d’Haussmann, des immeubles de type viennois, une foule au comportement italien !

Au dîner, j’ai une nouvelle illustration de ce melting-pot croate. Ayant commandé une spécialité locale, sans bien savoir ce qui me sera servi, le plat typique de Zagreb s’avère être une tranche de jambon roulée autour d’un morceau de fromage et enrobée d’une panure type « wienerschnitzel » ou « scalopina a la milanese », le tout présenté avec des pommes frites. Vous avez ainsi dans votre assiette tous les ingrédients du mélange zagrebois, l’Autriche et l’Italie. Reste la délicate question des pommes frites ? Belges ou françaises ?

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