L’école d’agriculture et la vallée de Požega 

 

Croatie Pozega

Le programme de la mission prévoit des visites d’écoles techniques et d’établissements d’enseignement supérieur agricoles situés dans la région de la Slavonie, une province qui rentre comme un coin entre Bosnie et Hongrie, en direction de la Serbie. Osijek et Vukovar en sont les villes les plus orientales, villes de sinistre mémoire par les évènements qui s’y déroulèrent il y a moins de dix ans : combats, violation des droits de l’Homme, épuration ethnique par les paramilitaires serbes poussant les populations non serbes à l’exil. Le siège de Vukovar fut particulièrement sanglant ; seul l’envoi d’un corps expéditionnaire de Casques bleus permit d’imposer et contrôler le cessez-le-feu.

Après une centaine de kilomètres d’autoroute dans la large plaine de la Save, nous pénétrons dans la région vallonnée du Papuk. La première halte est à Požega, l’ancienne capitale d’un « sadjak » - l’organisation administrative et sociale de base sous la domination ottomane. Mais foin d’une visite de la ville renommée pour ses maisons à arcades et ses églises médiévales baroquisées, nous sommes attendus à l’école secondaire d’agriculture et d’agro-alimentaire installée dans une ancienne propriété bourgeoise à la sortie de la ville.

Le Directeur nous reçoit dans une des pièces de cette grosse demeure transformée en salle de réunion où quelques élèves nous rejoignent bientôt munis d’un bloc-notes. Le Directeur nous apprend qu’ils participeront à l’entretien car ils suivent des cours de journalisme. Je ne me savais pas vedette internationale au point de faire l’objet d’un article dans le journal d’un lycée ! Mieux encore, un journaliste – « un vrai de vrai » - du quotidien local s’ajoute à notre petit groupe et suit avec attention nos échanges de propos. Mais, étant venu pour analyser un système éducatif, questions et réponses sont très techniques et pas très « people » ! Nous parlons objectifs de formation, durée des études, filières, origine des élèves, débouchés, métiers, emplois, financement… Le journalisme finit par se lasser faute de détails suffisamment croustillants et de pouvoir faire un scoop dans le « Požega Tribune », ou le « Slavonia Gazetta », mais les élèves eux, les pauvres, n’ont pas cette liberté et ils resteront bien sagement assis en attendant que cela se termine. Je remarque néanmoins que, si la prise de note était vive et studieuse au début de l’entretien, elle connaît au fil des échanges une certaine lassitude, puis une panne sèche à la mi-temps de la réunion.

Les écoles techniques secondaires possèdent des sections dans les différents secteurs d’activités économiques qu’il s’agisse d’industrie, de services ou d’agriculture. L’école de Požega, une des écoles les plus anciennes de Croatie, fondée en 1895, propose des sections agricoles et agro-alimentaires pour préparer à des métiers aussi divers que la phytopharmacie, la mécanisation agricole, la viticulture, la boucherie ou la boulangerie… toutes filières de formation mises en place au temps du « socialisme autogestionnaire ». Après deux heures de ce petit jeu de questions et réponses dans l’objectif de recouper les informations recueillies la veille, force est de constater que je lasse mes interlocuteurs alors que le Directeur brûle d’envie de me faire visiter son établissement… et les élèves de se dégourdir les jambes !

Sous ses airs de maison bourgeoise, le bâtiment cache néanmoins quelques belles réalisations : un laboratoire de dégustation des vins en cours d’installation et une magnifique cuverie expérimentale dans laquelle chaque étudiant peut contrôler les différents paramètres de la vinification. D’autres haltes permettront, outre des travaux pratiques de dégustation des vins de Požega et de dégustation de pommes du verger, d’obtenir quelques informations sur l’organisation de l’Institut supérieur qui partage ses locaux avec l’Ecole secondaire d’agriculture. Une partie des élèves de l’Ecole intègre l’Institut gratuitement, ceux qui sont reçus parmi les premiers au concours d’entrée. Les autres étudiants, moins bien classés, peuvent néanmoins être admis en payant des frais de scolarité d’un montant de 800 euros, ce qui représente une somme excessivement élevée pour les Croates !

A l’occasion de la visite, le directeur ne manque pas de se plaindre du manque de moyens qui seraient accordés par le ministère de l’Education dont il dépend et d’exprimer son souhait d’un rattachement de son établissement au ministère de l’Agriculture car celui-ci accorderait plus facilement des subventions… Normal, si la délégation comprend bien un représentant du ministère de l’Agriculture, il n’y en pas du ministère de l’Education ce qui, bien évidemment, pose question !

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