L’école d’enseignement technique de Našice - Réalité de l’agriculture croate

 

Croatie Nasice

En matinée : visite de l’école d’enseignement technique de Našice. Elle comprend de beaux bâtiments, modernes, fonctionnels, bien entretenus, au milieu d’un parc ombragé de grands arbres. L’ensemble a belle allure. Les élèves ? Oh ! Ils ressemblent à tous les collégiens européens et portent le même uniforme : tee-shirts noirs et jeans. Avouons qu’ils sont peut-être plus « sages » dans leur licence vestimentaire comme dans leurs comportements. Je n’ai remarqué ni piercing, ni nombrils, ni string dépassant du jean, ni attitudes agressives… mais il est vrai que nous sommes dans une toute petite ville rurale.

Le hall de l’établissement a été décoré par les élèves qui l’ont dédié aux défenseurs de la Paix. Je relève les portraits et les noms de Franklin Roosevelt, Lech Walesa, Jean-Paul II, Mère Térésa… jusque là rien que de très banal, mais aussi toute une série de Français qui me sont totalement inconnus ! Ce qui permet de vérifier une fois de plus l’axiome que nul n’est prophète en son pays.

L’école propose des sections dans les secteurs d’activité économique les plus différents, allant de l’électricité à la boulangerie en passant par le bâtiment, l’hôtellerie, le textile, la coiffure, la gestion, et bien sûr l’agriculture. Pour cette dernière spécialisation, on me fait visiter les lieux consacrés aux travaux pratiques : deux rangs de vigne, deux autres d’arbres fruitiers, une petite serre et les jardins de l’établissement que les élèves entretiennent. Je ne sais pas comment ils peuvent ainsi préparer leurs élèves aux métiers de l’agriculture, même s’il est vrai que les élèves font de nombreux stages en exploitation au cours de leur scolarité. De fait, l’existence des différentes spécialisations est le résultat de choix politiques et éducatifs antérieurs, du temps de la Yougoslavie socialiste et « autogestionnaire ». Le ministère fédéral répartissait alors les spécialisations sur l’ensemble du territoire, notamment pour la préparation aux métiers des agro-combinats. Malgré la disparition progressive de ceux-ci et le morcellement des terres, le ministère croate de l’Education n’a rien changé à ses orientations alors que chaque nouvel agriculteur doit maintenant produire et apprendre à vivre sur un mouchoir de poche, dans un environnement économique en pleine transformation et totalement instable.

La visite de l’école est complétée par celle des ateliers de la section « textile ». De fait, il ne s’agit pas de préparer aux métiers des entreprises de filatures ou de l’habillement, lesquelles ne sont pas présentes dans la région, mais plus prosaïquement d'enseigner la couture et la broderie aux jeunes filles ! Elles s’exercent aux remarquables broderies  en fil d’or qui ornent les boléros et les jupes traditionnelles. A défaut d’emploi, faut-il se réjouir que ces activités les préparent à être de « bonnes ménagères » ? N’y aurait-il pas mieux à faire ?

Le déjeuner qui suit la visite est typiquement croate avec, par ordre d’entrée en scène, alcool de prune, soupe, jambon à la zagreboise (voir la description antérieure), bœuf en sauce accompagné de pommes de terre, salade de tomates et de choux râpé, café. Le tout accompagné d’une discussion en croate, anglais et allemand de laquelle il ressort que Paris est sans conteste la plus belle ville du monde et que mes hôtes rêvent d’y retourner, ou plus simplement d’y aller.

Pour me rendre compte de la réalité de la production agricole en Croatie, j’avais expressément souhaité visiter plusieurs exploitations représentatives de la diversité agricole du pays, des exploitations « moyennes », « ordinaires ». Mes cicérones ont bien fait les choses, ils me conduisent dans une exploitation d’élevage bovin particulièrement emblématique des réalités locales : 220 hectares d’un seul tenant, avec d’immenses parcelles labourables, un millier de bovins à viande en stabulation libre et 70 chevaux d’élevage lipizzan ! Rien qu’un pauvre paysan, titulaire d’un diplôme de vétérinaire, qui roule dans un énorme 4x4. Je ne suis donc pas déçu du voyage et j’ai désormais un aperçu concret du niveau technique moyen et des besoins de formation professionnelle des agriculteurs croates. Autant dire que je n’ai rien à dire… sinon que les statistiques croates sont manifestement erronées en affirmant que la surface moyenne des exploitations agricoles est de 5 hectares. Il doit y avoir une erreur d’au moins un zéro, sinon deux. Ce n’est pas une mission sur l’enseignement agricole qu’il fallait envoyer, mais une mission sur la mise en place d’un appareil de recueil de données et de calculs statistiques !

Je ne saurai donc jamais à quoi ressemble une exploitation agricole familiale croate de 5 ha…

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