Un nombre élevé de maisons abandonnées - L'école d'agriculture de Krizevci

 

Croatie Krizevci

Le lendemain, retour sur Zagreb, en longeant la vallée de la Drava qui fait frontière avec la Hongrie. Objectif : visiter en cours de route l’école d’agriculture de Križevci.

La route, de bonne qualité mais étroite et sinueuse, traverse de nombreux petits villages dans lesquels il est étonnant de constater que de nombreuses maisons sont abandonnées. Si ces bâtiments ne sont généralement pas dégradés, ils sont fermés et les jardins laissés à l’abandon… S’agît-il de maisons autrefois occupées par des familles serbes qui se seraient enfuies en 1998 à la fin de la guerre entre la Croatie et la Serbie ?

L’Ecole d’agriculture de Križevci est située en lisière de la ville, dans un vaste parc aux arbres centenaires. Les bâtiments datent du début du XXe siècle et sont parfaitement entretenus. Le directeur, après m’avoir présenté les caractéristiques essentielles de son école, tient à me faire visiter son exploitation agricole qui est manifestement sa grande fierté. D’une superficie de 40 ha dont 15 de fourrages, 10 de blé, 5 d’arbres fruitiers et 3 de jardin potager, en regard de la norme croate, c’est donc une très grande exploitation. Elle possède un troupeau d’une vingtaine de vaches laitières, élevées en stabulation entravée, une magnifique salle de traite moderne et hygiénique et une petite installation de production fromagère, l’ensemble ayant été fourni dans le cadre d’un projet hollandais. On est déjà plus proche de la moyenne des exploitations croates, mais nous restons quand même encore dans « le haut du panier ».

Outre la salle de traite et la fromagerie, nous avons bien sûr droit à une dégustation du fromage produit dans l’établissement, un fromage de type hollandais comme il se doit. Peut-être auraient-ils produits du camembert si les donateurs avaient été français ? Mais de donateurs français, il n’y en a pas, ou du moins pas encore.

La dégustation de formage servira d’apéritif avant une invitation dans une de ces auberges rustiques, située dans la clairière d’une vaste forêt de sapin, dont les pays d’Europe centrale ont le secret. Dans une salle revêtue de bardeaux de pins, aux longues tablées soulignées par des bancs de bois, nous faisons un repas en harmonie avec le décor : chevreuil en sauce, servi avec des pommes de terre et des gnocchi (pardon, des knödel), et l’inévitable accompagnement de salade de tomates et de choux râpé. La fin du repas est toutefois soulignée par une incongruité dans ce décor tyrolien : un café turc qui vient nous rappeler brutalement que nous sommes dans le patchwork des Balkans. Après ces agapes de fin de chasse au gros gibier, le dîner le soir à Zagreb se réduit à une pomme aux vertus diététiques.

L’unique pomme me permet aussi de tirer un bilan réaliste de cette virée slavonne. A savoir que je n’en sais pas beaucoup plus sur la réalité de l’agriculture croate et sur le système de formation agricole que ce que j’avais pu en comprendre à la lecture des documents des ministères concernés, Education et Agriculture. Certes, j’ai pu constater qu’il existait bien des lycées d’enseignement technique dispensant un enseignement agricole et possédant des équipements pédagogiques très honorables. Mais n’ayant rencontré ni agriculteurs, ni chefs d’entreprise de l’agro-alimentaire, ni représentants des professionnels et des syndicats, ni anciens élèves des établissements, je n’ai aucune idée sur l’adaptation des formations dispensées aux réalités du secteur agricole. Les entretiens étant uniquement ciblés sur les établissements d’enseignement initial, qu’ils soient du secondaire ou du supérieur, je ne sais rien non plus des dispositifs de formation professionnelle des adultes, agriculteurs, salariés agricoles ou de l’agro-alimentaire.

Ma seule certitude apparaît être que les dispositifs de formation sont restés identiques à ce qu’ils étaient au temps de l’agriculture socialisée de la Yougoslavie, c'est-à-dire une agriculture composée de très grandes exploitations (la norme semblant être, par exemple, des troupeaux de 1 000 vaches laitières pour les exploitations de bovins laitiers), utilisant une main d’œuvre salariée, nombreuse et très spécialisée. Si j’en crois les statistiques, mais aussi ce que l’on peut observer du paysage, la réalité aurait beaucoup évolué. L’objectif du gouvernement dominé par le HDZ ayant été de distribuer largement la terre pour des motifs de politique intérieure : satisfaire l’électorat rural et se constituer ainsi une base électorale !

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