L’Artémision – Le Grand théâtre – La bibliothèque de Celsius

 

Turquie Ephèse Bibliothèque de Celsius

Si Saint-Jean est venu à Ephèse, c’est que la ville était importante et sa puissance commerciale rivalisait avec celle d’Alexandrie. La mer arrivait autrefois au pied des remparts alors qu’elle en est aujourd’hui séparée par une grande plaine plate et fertile, d’une dizaine de kilomètres, couverte d’oliviers, d’arbres fruitiers et de céréales. Il n’est donc pas étonnant, qu’Ephèse abrite une des sept merveilles du monde, le temple d’Artémis, objet du courroux de Saint-Jean. Construit en bord du littoral, il n’en subsiste plus qu’une colonne au milieu des herbes folles et des champs d’oliviers.

L’Artémision était plus grand que le Parthénon d’Athènes ; il présentait une double colonnade sur chacun des côtés, et triple sur les deux façades. L’Artémision fut dépouillé de ses principales richesses par Néron, pillé par les Ostrogoths en 262, fermé au culte païen par Théodose en 381 et finalement brûlé par les chrétiens en 401. Les colonnes furent récupérées par Justinien pour l’édification de Sainte Sophie (532 / 537) et le reste pour la construction de la basilique de Saint-Jean.

« … on entre dans la plaine d’Ephèse, où se déroule tout autour du mont Prion un amas confus et considérable de ruines. Que dirais-je de ces pierres ? Presque pas une qui ait une beauté propre et vivante encore : des débris seulement, pâture d’archéologues »[1]

Il est vrai que, depuis, les archéologues ont fait leur miel de ces amas de ruines en les dégageant, les mettant en valeur, voire même en les reconstruisant ! Ephèse présente de remarquables richesses architecturales dont certaines particulièrement bien conservées : le grand théâtre de 145 mètres de large dont les gradins pouvaient accueillir 24 000 spectateurs. Il s’y déroulait des concours dont les Ephésiens étaient particulièrement friands : concours d’acteurs, concours lyriques, concours de mimes. Dans les joutes verbales s’y seraient notamment affrontés deux poètes, Callinos et Hipponax, dont on considère ce dernier comme l’inventeur de la parodie.

Autre merveille, la façade de la bibliothèque de Celsius, remontée par anastylose. Elle comporte deux niveaux reposant sur un podium de 21 m de long auquel on accède par neuf marches d'escalier. Le niveau bas est constitué d'une rangée de huit colonnes corinthiennes, appariées deux par deux par un entablement supérieur. Entre ces ensembles de colonnes doubles s'ouvrent trois portes richement encadrées qui donnent accès à l'intérieur de la bibliothèque, la porte centrale étant plus haute et plus large que les deux autres. Sous les entablements de colonnes doubles, des niches contiennent des statues symbolisant la Sagesse, la Science, la Fortune et la Vertu. Le second niveau est composé de huit autres colonnes, plus petites et plus fines, appariées également deux par deux pour les six colonnes centrales, en opposition aux appariements du premier niveau, supportant des frontons alternativement triangulaires et semi-circulaires, protégeant chacun une fenêtre. L’ensemble est à la fois très rigoureux dans sa symétrie, mais aussi inventif dans l’alternance des avancées et des jeux d’appariement des colonnes. La bibliothèque abritait 12 000 rouleaux, conservés dans des placards en bois encastrés dans les murs, et était considérée comme la troisième plus grande bibliothèque du monde antique, derrière celles d’Alexandrie et de Pergame.

« Ces ruines se composent de vastes monuments, les uns formés d’énormes blocs de pierre ou de marbre, les autres construits partie en marbre, partie en brique. Mérimée me faisait remarquer le singulier caractère de cette architecture à la fois coquette et barbare qui semble l’œuvre d’un artiste grec travaillant pour un romain »[2].


[1] Vicomte De Vogüe. « Voyage au pays du passé ». 1876.

[2] Jean-Jacques Ampère. « Une course en Asie Mineure ». 1842.

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