Un concile qui divise les chrétiens – Un miracle qui réunit chrétiens et musulmans

 

Turquie Ephèse Temple d'Adrien

En 431, se réunit à Ephèse un concile marquant dans l’histoire de la chrétienté. Ce fut un concile des plus agités où les différentes chapelles s’affrontèrent, organisant des réunions de tendance, se lançant des injures, se frappant mutuellement d’excommunication, quand ils ne se battaient tout simplement pas à coups de poings et de bâtons ! Bref, un concile qui ne manquait pas d’ambiance.

Il faut dire que la question à traiter était d’importance pour les Chrétiens : elle voyait s’affronter deux écoles sur les deux natures du Christ, divine et humaine. Ces deux natures sont-elles strictement séparées, ce qui était la thèse défendue par l'école d'Antioche ? Ou confondues, le divin absorbe-t-il l'humain en lui auquel cas il y a unité complète des deux natures, thèse soutenue par l'école d'Alexandrie ?

La première thèse était défendue par Nestorius, patriarche de Constantinople, la seconde par Cyrille, patriarche d’Alexandrie, avec le soutien de Rome et Théodose II, l’empereur romain d’Orient. Pour Nestorius la Vierge n’est que la mère du Christ, c'est-à-dire d'un homme dans lequel le Verbe se serait incarné. Il déclarait au concile : « Pour moi, je ne saurais dire qu'un enfant de deux ou trois mois soit Dieu, ni me résoudre à adorer un enfant nourri de lait, ni à donner le nom de Dieu à celui qui s'est enfui en Égypte ». Entraînant bien évidemment la colère de l’autre clan qui professait que Dieu était né de la Sainte Vierge. Finalement, le concile d'Éphèse condamna les thèses de Nestorius qui perdit le patriarcat de Constantinople et finit exilé. Pour faire bon poids, en toute logique, c’est le concile d’Ephèse qui reconnaîtra la maternité divine de la Vierge. Derrière ces querelles théologiques, il semblerait plus prosaïquement que la balance ait penché en faveur de Cyrille parce que l'empereur romain d’Orient avait besoin du grenier à blé de l’Egypte et de l’appui politique de Rome !

Outre les conséquences sur la doctrine religieuse des Chrétiens, notamment le culte marial, il reste des traces de ce débat dans la géographie humaine et sociale actuelle avec l’existence des Sainte Église apostolique catholique assyrienne de l'Orient en Turquie orientale, Liban, Syrie et Irak et chaldéenne uniate dans le Nord de l’Irak. Ces deux églises, qui reconnaissent le primat du pape, ont finalement renoncé à toute référence au nestorianisme à la fin du XXe siècle.

Ephèse est aussi le lieu d’autres miracles que ceux de Saint-Jean, celui des « Sept dormants »[1]. Vers 250, sous l’empereur Dèce, un groupe de jeunes gens poursuivis pour leur foi chrétienne se réfugièrent dans une grotte surplombant la cité où ils s’endormirent et furent emmurés vivants par leurs persécuteurs. Ils ne se réveillèrent que deux cents ans plus tard, en 418, et attirèrent l’attention des autorités en utilisant des monnaies du règne de Dèce pour acheter de la nourriture. Ils découvrirent alors que, si la religion chrétienne était devenue religion d’Etat sous le règne de Théodose II, cela n’avait guère changé les rapports entre les hommes et ils s’endormirent à nouveau. Le miracle est interprété comme une préfiguration de la résurrection des morts. La caverne refuge devint alors un lieu de pèlerinage.

Le plus curieux est que ce pèlerinage concerne Chrétiens et Musulmans car la XVIIIe sourate du Coran dite « La Caverne » rapporte également l’histoire des Sept dormants dans ses versets 9 à 26. Elle consacre cette histoire comme représentant la foi des croyants dans la toute-puissance de leur Dieu et leur volonté de persévérance dans leur foi.

Pour nous, nous nous contentons d’une halte au pied de la montagne, à l’ombre de grands arbres, pour un thé à la menthe bien revigorant après plusieurs heures de visite des ruines sous un soleil accablant !


[1] D’autres sites revendiquent également le lieu du miracle comme Chenini en Tunisie.

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