Introduire une horde de barbares ? – La Turquie, une grande puissance économique et culturelle

 

Turquie Istanbul Palais de Dolmahbaçe

 « Prétendre civiliser la Turquie en lui donnant des bateaux à vapeur et des chemins de fer, en disciplinant ses armées, en lui apprenant à manœuvrer ses flottes, ce n’est pas étendre la civilisation en Orient, c’est introduire la barbarie en Occident »[1].

D’aucuns, aujourd’hui, ont manifestement conservé la même vision que celle de Chateaubriand en considérant la société occidentale comme étant le plus haut niveau de civilisation et toutes les autres comme des menaces barbares contre lesquelles il convient d’ériger des « limes » infranchissables !

La Turquie n’est pas le pays sous-développé que ceux-là craignent. Si le PIB par habitant est certes beaucoup plus faible qu’en France (moins de la moitié), il est équivalent de celui de la Bulgarie ou de la Roumanie ! Il est vrai que les pays du Nord de l’Europe rêvent désormais de se débarrasser du « fardeau » des pays du Sud par égoïsme de nantis alors qu’hier ils y voyaient des marchés à conquérir... Marchés qu’ils ont d’ailleurs conquis, d’où leur désintérêt aujourd’hui pour d’éventuelles contreparties !

A un moment où l’on fait grand cas du taux d’endettement des Etats, celui de la Turquie est faible, 46% de son PIB (Italie 118%, France 80%, Allemagne 79%). Il est néanmoins exact que la structure de la population active de la Turquie reste encore très agricole (25% de la population active totale pour 7% de la production totale), mais le taux de croissance global de la production est extrêmement élevé, à la chinoise, de 7 à 9% par an et même s’il était retombé à 1% en 2008, du moins n’était-il pas négatif comme celui de beaucoup de grandes puissances occidentales.

Le développement des infrastructures est impressionnant, en sus des 1 800 kilomètres d’autoroutes, la Turquie compte plus de 10 000 kilomètres de routes à double voies et, contrairement à tous les récits catastrophiques entendus, la circulation y est bien plus policée qu’au Maroc ou en Sicile ! Un tunnel est en construction sous le Bosphore pour relier par rail l’Europe et l’Asie. Il est envisagé de construire un ouvrage d’art pour traverser la baie d’Izmit, laquelle oblige aujourd’hui à un long détour pour aller d’Istanbul à Izmir, ou à utiliser des bacs, et de doubler le Bosphore par un canal pour assurer la sécurité et la fluidité du transit des navires !

Les villes sont de véritables chantiers avec construction d’immeubles, percement de routes, pose de réseaux d’électricité, d’adduction d’eau, d’assainissement. Certes, les constructions sont souvent d’une architecture quelconque quand elle n’est pas franchement médiocre, l’urbanisme anarchique ou au contraire répétitif. Mais peut-on reprocher à d’autres les erreurs que nous avons commises nous-mêmes ?

Enfin, il n’y a pas à craindre que les « hordes » de jeunes Turcs ne « déferlent » en masse sur l’Europe, le taux de fécondité est de 2,15 enfants par femme (2,01 en France), c’est à dire que la Turquie a opéré sa révolution démographique avec une forte baisse de la natalité pour se situer au niveau du taux de fécondité de remplacement (2,2 enfants par femme).

Alors, plutôt que de poser de mauvaises questions sur l’adhésion ou non de la Turquie, posons-nous plutôt la bonne question : la construction européenne, pourquoi faire ?

Montpellier, octobre 2009 / septembre 2011.


[1] Alphonse de Chateaubriand. « Mémoires d’Outre-tombe ». 1849.

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