Pasquino, un opposant à supprimer ! - La Pasquinade, une satire indispensable à la démocratie

 

Rome Parione Pasquino 2

Adrien VI (1522 / 1523), Sixte V (1585 / 1590) et Clément VIII (1592 / 1605) ont tenté, sans succès, de supprimer la statue… c’est que Pasquino était devenu un opposant célèbre et que l’exiler comportait de plus en plus de risques. Faute de s’en débarrasser, Benoît XIII (1724 / 1730) a publié un décret punissant de la peine de mort, de la confiscation et de l'infamie toute personne se rendant coupable de faire parler Pasquino ! Des sentinelles étaient même postées devant ce tas informe de pierre pour l’empêcher de s’exprimer. On ne rigole pas avec ces choses là !

 « Derrière Sainte Agnès, on voit dans la place des Libraires une statue antique fort mutilée, mais aussi célèbre que pas une autre ; c’est le seigneur Pasquin. Il était grand babillard en sont temps ; depuis de longues années il ne dit plus un mot, n’étant pas à portée de faire des dialogues satiriques avec son ami Marforio, qui gît aujourd’hui couché dans une cour du Capitole »[1].

Il faut dire que la remarque est de 1739 et la menace de mort courait toujours. Cela peut calmer les humeurs bavardes.

Toutefois, notre Pasquino a continué à faire des siennes, bon an mal an. Il a, paraît-il, moqué l’accueil de Hitler à Rome, le 3 mai 1938, ironisant sur la transformation de la ville en cité de carton pâte (« Pauvre Rome de travertin, te voilà habillée toute de carton »). Même en démocratie berlusconienne, Pasquino a continué de parler. Son socle est toujours couvert de feuilles de papier, le plus souvent écrites à l’ordinateur… comme quoi, ce n’est pas parce que l’on a deux mille ans que l’on n’utilise pas des moyens de communication moderne. Il parle même tellement qu’il faut régulièrement le nettoyer et un petit escabeau était judicieusement placé à ses côtés pour faciliter le travail des employés municipaux. Mais celui-ci a disparu. Est-ce l’objet d’un emprunt fait par un voisin en mal de bricolage, ou un larcin d’un artisan indélicat ?

Pour tout avouer, il semblerait que Pasquino ne soit pas toujours le démocrate inflexible qu’il aime à paraître. Autrefois, semble-t-il, il se serait laissé aller à quelques compromissions, acceptant les pamphlets d’une coterie contre une autre et jouant ainsi un jeu un peu trouble dans les guerres entre grandes familles romaines.

Mais Pasquino, tout vieux, tordu et mal foutu qu’il soit, s’intéresse aussi aux technologies nouvelles ! Il possède même son propre site internet sur lequel sont postées de modernes pasquinades, mais aussi recensées les pasquinades anciennes[2]. Et puis, lui et les autres statues parlantes semblent toujours déranger les puissants. Marforio a été exilé au sein d’un musée pour l’éviter de parler en public, le Babuino a été déplacé à de nombreuses reprises et, finalement, le mur situé derrière lui, et qui servait de supports aux graffitis, a fait l’objet de nettoyages sérieux.

Pasquino est aussi un créateur qui a influencé la production littéraire internationale ! La pasquinade, née en Italie au début du XVIe siècle, s’est propagée en France à partir des années 1540. Des satiristes anonymes se sont mis à répandre des pasquinades en français et en latin, à la Cour et dans les villes où séjournaient les rois de France. Ils commentaient les derniers événements politiques ou mondains et prenaient le parti, pendant les Guerres de religion, tantôt des protestants tantôt des catholiques. Les Français en ont fait ensuite leur miel…

Mais pourquoi Ménélas se fait-il appeler maintenant Pasquino ? Pour les uns, ce nom lui aurait été donné en souvenir d’un coiffeur du quartier particulièrement moqueur pour la gente papale, pour d’autres il aurait utilisé le nom d’un professeur de grammaire moqué par ses élèves pour sa ressemblance avec lui. D’autres enfin, suggèrent que le nom proviendrait d’un personnage du Décaméron.


[1] Président de Brosses. Lettres d’Italie. 1740.