La francisation des noms étrangers – La cathédrale Saint-Pierre et le sourire de l’ange

 

Allemagne Bavière Regensburg Ange au sourire

Les noms de villes étrangères, notamment allemandes et italiennes, ont très largement été francisés aux XVIIIe et XIXe siècles. Il n’est qu’à lire le journal de voyage de Michel de Montaigne (1580 / 1581) en Italie pour constater combien les noms des villes allemandes et italiennes étaient déjà transformés et francisés. Comme chacun sait, en Allemagne Bremen est francisé en Brême, Dresden en Dresde, Hannover en Hanovre, Mainz en Mayence, Nürnberg en Nuremberg, München en Munich, toujours plus fort, Köln en Cologne et, cerise sur le gâteau, Regensburg en Ratisbonne !

Les toponymes étrangers ne font d’ailleurs pas nécessairement l’objet d’un traitement homogène dans les atlas français, une même carte géographique peut utiliser Cologne pour Köln, mais conserver Regensburg. Allez comprendre. Certes, aujourd’hui, la tendance est plutôt de laisser le toponyme semblable à la forme de la langue source, c’est ainsi que Pékin est devenu Beijing et, progressivement, Ratisbonne redevient Regensburg.

Pour l’Allemagne, cette histoire de francisation des toponymes est bien évidemment liée à notre histoire commune, aux conquêtes militaires, alliances politiques et influences culturelles qui se sont succédées dans le temps.

La cathédrale Saint-Pierre, de Regensburg donc, est l’une des plus grandes églises gothiques bavaroises, mais aussi le seul exemple de cathédrale gothique à la française érigée à l’Est du Rhin. Malheureusement, elle a été défigurée au XIXe siècle (1859 et 1869) par l’ajout de hautes flèches pseudo-gothiques sur ses deux tours de façade, d’une couleur d’ailleurs plus grise que la pierre du reste de l’édifice. La nef est belle, haute (32 mètres), en croisée d’ogives, éclairée par de magnifiques vitraux aux couleurs or dominantes.

A la croisée du transept l’archange Gabriel, ou « L’ange au sourire », sculpté par Maître Erminold, vers 1280, fait partie d’un groupe de l’annonciation dont les différentes statues sont accolées aux piliers à la croisée de la nef et du transept. Il n’est pas sans rappeler l’ange de la cathédrale de Reims, dénommé aussi « Sourire de Reims », une statue dont l'original avait été sculpté entre 1236 et 1245 et qui se trouve au portail Nord de la façade occidentale. La ressemblance n’est peut être pas fortuite car entre les grands chantiers des cathédrales gothiques circulaient des équipes de sculpteurs ainsi que des modèles entraînant des filiations dans les représentations sculptées comme par exemple entre les cathédrales d’Amiens, Reims et Bamberg[1].

La cathédrale possède un très bel orgue contemporain (2009) avec 78 jeux[2] et près de 6 000 tuyaux. Il est plaqué sur le mur du transept gauche. Compte-tenu de son poids (37 tonnes) il n’a pu être fixé sur le mur de l’édifice, mais il est suspendu dans une structure en acier ! Autre défi à relever : celui de pouvoir accéder à la console de jeu suspendue à quinze mètres du sol. L'organiste est hissé jusqu’à la console dans une cabine de verre en deux minutes. La cabine est dissimulée derrière l’orgue et se déplace d’abord horizontalement pour s’écarter de l’instrument puis verticalement pour descendre chercher l’organiste ! Toutefois, dans le chœur de la cathédrale est également situé le jeu de table général utilisé pour les célébrations liturgiques et méditations de midi.

C’est ainsi qu’un quart d’heure avant midi, les visiteurs sont informés par haut-parleurs que la cathédrale est également un lieu de prière et qu’un culte débutera bientôt. Ils sont alors invités à sortir de l’édifice par les membres du personnel de la cathédrale chargés de la surveillance, lesquels tirent des barrières comme dans les aéroports pour endiguer et limiter les déplacements, et protéger les fidèles qui souhaitent se recueillir. A midi, place à la méditation conduite par un laïc et accompagnée par de courts morceaux de musique au grand orgue.


[1] Peter Kurmann. « Mobilité des artistes ou mobilité des modèles? A propos de l'atelier des sculpteurs rémois au XIIIe siècle ». In: Revue de l'Art, 1998, n°1.

[2] Le jeu désigne l'ensemble des tuyaux produisant les mêmes caractéristiques sonores.

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