Qualité de l’entretien des édifices religieux – L’impôt cultuel

 

Allemagne Bavière Landshut

Landshut ne manque pas non plus d’édifices religieux intéressants. La basilique Saint-Martin est un édifice gothique commencé en 1385. C’est une église-halle à trois nefs quasiment entièrement construite en briques. Son clocher, de 130 mètres de haut, terminé vers 1500, est la plus haute tour en brique du monde.

Ce qui frappe toujours un Français, c’est l’état de conservation et d’entretien généralement exceptionnel de tous ces édifices. La France possède un patrimoine d’édifices religieux tout aussi remarquable mais hélas, en moyenne, en nettement moins bon état. Certes, la Révolution française et ses excès peuvent expliquer quelques démolitions et dégradations de monuments, mais là n’est pas l’explication fondamentale. Des histoires sociales, politiques et religieuses très différentes ont aboutit au fait que d’un côté du Rhin la République est laïque alors que, de l’autre côté, il n’y a pas eu séparation de l’église (ou des églises, faudrait-il dire compte-tenu de l’importance du protestantisme) et de l’Etat.

En Allemagne, les Églises prennent notamment en charge des missions que l'État n'assume pas, tout particulièrement dans les domaines social et éducatif. Elles gèrent des hôpitaux, des foyers pour handicapés, des maisons de retraite, des crèches et des écoles maternelles, ainsi que des centres assurant les consultations obligatoires préalables aux interruptions volontaires de grossesse…

En contre partie, elles perçoivent les revenus d’un impôt, l’impôt cultuel dont les modalités et le montant sont décidé par les Länders. Mais, dans tous les cas, l’impôt cultuel est dû par toutes les personnes qui sont imposables sur le revenu, qui ont été baptisées et qui n'ont pas abjuré. Chacun précise donc sa religion lors de sa déclaration d’habitation à la mairie de son domicile. L’information est transmise automatiquement au Centre des impôts qui calcule le montant de l’impôt cultuel. Pour les salariés, en Allemagne, l’impôt sur le revenu est prélevé à la source, et c’est donc l'employeur qui est collecteur de l’impôt, directement sur le salaire, en même temps que l'impôt sur le revenu. Le montant du prélèvement apparait ainsi sur les feuilles de paye des salariés.

Et ce n’est pas un petit impôt, il représenterait entre 8 % et 9 % de l'impôt sur le revenu ! En 1999, les Églises catholique et évangélique d'Allemagne ont perçu chacune l'équivalent d'environ 28 milliards de francs grâce à l'impôt cultuel, ce qui correspond à 80 % de leur budget[1]. En 2012, se seraient environ 5 milliards d’euros que percevraient chacune des Eglises catholique et évangélique.

De plus, les Églises reçoivent également des subventions directes considérées comme une compensation des sécularisations passées qui les ont dépossédées de leurs biens patrimoniaux et les ont donc privées d'une source de revenus. Les Églises catholique et évangélique auraient bénéficié de l’équivalent de 19,3 milliards d’euros d’aides publiques en 2009, On comprend alors pourquoi les bâtiments religieux sont si bien restaurés et entretenus en Allemagne. De plus, sans faute de goût ! Il y a longtemps que, dans les églises catholiques, les saint-sulpiceries en plâtre et bondieuseries laides ont disparu.

Tout irait-il donc le mieux du monde dans cette Allemagne exemplaire ? Et bien non ! Figurez-vous que les paroissiens ont tendance à déserter leur paroisse et à ne plus vouloir payer l’impôt cultuel. Ils sont de plus en plus nombreux à effectuer la démarche administrative permettant de quitter les rangs de l’Eglise. Le principe constitutionnel de liberté de croyance permet en effet à chaque citoyen allemand d'effectuer une démarche personnelle auprès du tribunal d'instance afin de décliner toute appartenance religieuse. Ils étaient 126 000 en 2011 à le faire pour le culte catholique et le chiffre serait comparable pour l’église évangélique. Pire, le mouvement s'amplifierait d’année en année ! Face à l'hémorragie continue des fidèles, la conférence épiscopale allemande a publié, en 2012, un décret stipulant que toute personne sortie de l'Eglise ne peut plus recevoir les sacrements de la confession, l'eucharistie, la confirmation et l'onction des malades et ne peut plus être parrain d'un enfant. Payez si vous voulez que Jésus, ou du moins le clergé de son église, s’occupe de vous ! Il me semble que l’église catholique allemande est en train de scier la branche très confortable sur laquelle elle est assise.


[1] Sénat. « Le financement des communautés religieuses - Service des affaires européennes ». 2001.

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