Des frères Asam aux grands stades sportifs

 

Allemagne Bavière Munchen Parc Olypique 2

Impossible de passer à Munich, même rapidement, sans aller admirer l’église Saint-Jean-Népomucène (1733 / 1746), le chef d’œuvre rococo des frères Asam, Cosmas Damian et Egid Quirin. L’espace disponible était étroit et en longueur, entre deux hauts immeubles. Ils ont su néanmoins tirer parti de ce volume difficile. La lumière pénètre profondément dans l’église grâce à la vaste verrière et l’œil-de-bœuf de la façade et, plus subtilement, derrière l’autel, par un autre œil-de-bœuf ainsi que par une fenêtre cachée au sommet de la voûte. La surface de la façade est rendue dynamique par un mouvement léger de courbes et contre-courbes, mais surtout par l’ampleur des corniches, profondes et fortement bombées.

A l’intérieur, les frères Asam ont recherché à intégrer architecture, sculpture, peinture et décoration comme un ensemble cohérent et unique.

Le volume est divisé verticalement en trois parties qui diffèrent par leurs couleurs, leur ornementation et l'éclairage. Le niveau inférieur, destiné au public, est en teintes foncées, peu éclairé, pour symboliser les souffrances humaines. Le niveau intermédiaire, à dominante blanche, est réservé à l’empereur, tandis que la section supérieure est dédiée uniquement à Dieu. La luminosité augmente du bas vers le haut, attirant l’œil sur la fresque du plafond qui s’ouvre sur le ciel.

Je n’avais pas souvenir que, dans le centre de Munich, il y avait une telle abondance d’immeubles pseudo-gothiques ou pseudo-renaissance, sans intérêt architectural. Aussi, la découverte des bâtiments du parc olympique de 1972 fut-elle un contrepoint heureux. La cité olympique est principalement composée de structures transparentes, tendues par des câbles entre des mats dressés. L’ensemble est très lumineux et dynamique, d’une très grande simplicité apparente. Les architectes du projet, Günter Behnisch aidé par Frei Otto, inspirateur de l'architecture biomorphe, auraient voulu donner à l’ensemble une ligne « imitant le drapé et les élévations rythmiques dans les Alpes suisses », « une structure suspendue, comme un nuage qui semble flotter ». Pari magnifiquement réussi.

Le toit de la structure qui couvre le grand stade mais aussi le palais des sports et la piscine est composé d’un tissu de polyester enduit de PVC et de surfaces vitrées, en suspension grâce à un réseau de câbles portés par des mâts obliques. Outre la belle simplicité apparente et la luminosité de l’œuvre, celle-ci est également intéressante par l’ampleur des calculs mathématiques nécessaires pour l'étude des forces qui s’exercent sur ces grandes surfaces tendues. Ce sont ainsi près de 75 000 m2 qui sont couverts, dont près de 34 000 pour le seul stade olympique. Quarante ans plus tard, cette architecture n’a rien perdu de son originalité et de sa très grande modernité.

En regard de ce très bel ouvrage, léger et novateur, le nouveau stade de l’Allianz-Arena (2005) des architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron m’apparait assez triste : une grosse bouée échouée au bout d’un parking, complètement fermée sur elle-même. Les Munichois l’ont d’ailleurs baptisé « Schlauchsboot » (canot pneumatique). La structure est en béton avec une toiture en anneau en acier. La seule originalité du stade semble être son effet « arbre de Noël » avec son revêtement extérieur composé de coussins rhomboïde gonflés d’éthylène-tétrafluoroéthylène pouvant être éclairés d'une manière indépendante en blanc, rouge ou bleu.

Je ne peux juger que de l’apparence des bâtiments, leur dynamisme, leur luminosité, leur apport dans les évolutions architecturales, pas de la facilité de leur usage ou de leur confort… L’Allianz-Arena a certainement le très grand avantage par rapport au stade olympique de couvrir l’ensemble des spectateurs, mais la geste architecturale et le symbolisme en sont très différents. D’un côté un bâtiment fermé sur lui-même, sans lien avec son environnement, de l’autre un bâtiment ouvert, transparent, en synergie avec le milieu qui l’entoure.

Ces deux réalisations m’apparaissent symboliser deux moments de l’histoire de l’Allemagne contemporaine, l’une avec le stade olympique d’une Allemagne nouvelle qui veut se montrer aux autres nations comme moderne, transparente, ouverte aux échanges, l’autre avec le stade Allianz-Arena, d’une Allemagne sûre d’elle-même, affirmant ses convictions… mais aussi un peu replié sur ses certitudes.

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